ARN messager https://arn-messager.com/ Le journal des étudiants et étudiantes en sciences biologiques de l'Université de Montréal Mon, 20 Jan 2025 12:06:39 +0000 en-US hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.7.1 La nouvelle Grande Bleue : entre réchauffement climatique et nouveaux habitants https://arn-messager.com/2025/01/la-nouvelle-grande-bleue-entre-rechauffement-climatique-et-nouveaux-habitants/ https://arn-messager.com/2025/01/la-nouvelle-grande-bleue-entre-rechauffement-climatique-et-nouveaux-habitants/#respond Mon, 20 Jan 2025 12:06:36 +0000 https://arn-messager.com/?p=2447 Introduction Ces dernières années, les biologistes marins ont évalué les influences directes et indirectes des activités humaines sur les habitats marins méditerranéens, mettant en évidence d’importants changements structurels dans plusieurs écosystèmes. Riccardo Cattaneo‑Vietti est professeur et chercheur en écologie marine à la faculté des sciences de l’université polytechnique des Marches à Ancône, Italie. Dans un […]

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Introduction

Ces dernières années, les biologistes marins ont évalué les influences directes et indirectes des activités humaines sur les habitats marins méditerranéens, mettant en évidence d’importants changements structurels dans plusieurs écosystèmes. Riccardo Cattaneo‑Vietti est professeur et chercheur en écologie marine à la faculté des sciences de l’université polytechnique des Marches à Ancône, Italie. Dans un article scientifique publié à la suite de la conférence intitulée « Changements et crises en Méditerranée » (Cattaneo Vietti, 2018), il décrit les transformations de la biodiversité méditerranéenne en s’appuyant sur des études réalisées en mer de Ligure. Cette zone, qui s’étend de la côte génoise jusqu’au Cap Corse, constitue la partie la plus au nord de la Méditerranée occidentale. Elle est également l’une des régions les plus perturbées du littoral italien, en raison d’une pêche intensive, ainsi que d’un développement urbain, touristique et industriel significatif.

Un banc de barracuda au large de la Corse, une espèce qui colonise depuis peu le bassin méditerranéen. Photo de Léon Le Guillou

« Canicule marine? »

Une canicule marine est une période de températures océaniques extrêmes (Dillon, 2023). Ces anomalies peuvent apparaître et disparaître rapidement en quelques jours voire semaines, ou évoluer plus lentement. Les températures sont considérées comme extrêmes si elles dépassent un certain seuil par rapport aux températures « normales » pour cette région et cette saison. Malheureusement, ces anomalies thermiques sont de plus en plus intenses et fréquents avec le réchauffement climatique. Elles entrainent des proliférations de microalgues, pouvant être nuisibles, comme les efflorescences d’Ostreopsis ovata (Cattaneo Vietti, 2018), qui apparaissent régulièrement chaque été depuis 2005. Ces phénomènes émergents ont suscité des inquiétudes sanitaires et économiques. En effet, Ostreopsis produit une toxine, la palytoxine, considérée comme l’une des molécules les plus toxiques présentes dans la nature. Elle peut provoquer de graves intoxications par inhalation et par contact.

Ces conditions favorisées par ces canicules marines stimulent également le développement de bactéries telles que les Vibrio. Certaines d’entre elles peuvent être dangereuses avec notamment l’espèce Vibrio parahaemolyticus, qui rend malade 45 000 personnes chaque année aux États-Unis (Vibrion, 2021).

Aussi, chez plusieurs espèces animales, la saisonnalité de leur reproduction s’est vue modifiée via l’augmentation de la température de l’eau, avec une prolongation ou une réduction de leur cycle de vie (naissance, reproduction, mort). Bien que cela représente un désavantage pour de nombreuses espèces, certaines espèces dites « exotiques » (celles introduites volontairement ou accidentellement en dehors de leur habitat d’origine) sont favorisées et se développent très vite avec ces circonstances.

Récifs en danger

À la fin de l’été 1999, la Méditerranée a connu son épisode le plus grave de mortalité massive lié aux canicules marines, touchant gravement les gorgones, le corail rouge et les éponges. C’est le cas notamment de la gorgone pourpre qui constitue de véritables « forêts animales » en abritant 15 à 20 % des espèces connues en Méditerranée, selon le Parc national des Calanques. C’est l’absence de vent et l’augmentation des températures qui sont désignées comme responsable de cette impressionnante mortalité (Pacorel & Flamand, 2022).

« Forêt » de gorgone pourpre. Photo de Léon Le Guillou

Et les poissons?

Pour étudier les changements dans les communautés de poissons, les chercheurs de l’étude de Cattaneo-Vietti ont notamment utilisé des données issues des captures de la Tonnarella de Camogli. Il s’agit d’une petite madrague à thon, utilisée depuis le XVIIe siècle, qui sert à capturer des poissons pélagiques (vivant près de la surface ou entre la surface et le fond) le long de la côte occidentale du promontoire de Portofino, en mer Ligure. La disponibilité de données à long terme sur les rendements en poisson (1950-1974 et 1996-2011), avec des informations relatives aux températures de l’eau de mer, ont permis aux scientifiques d’étudier les changements qualitatifs et quantitatifs des rendements en poisson au cours de la dernière décennie et les relations possibles avec les anomalies saisonnières de température qui se sont produites dans la mer Ligure (Cattaneo-Vietti, 2014).

Les analyses de ces données ont alors montré que les stocks de poissons pélagiques avaient subi d’importants changements, surtout au cours des 20 dernières années. Les chercheurs ont constaté une augmentation des espèces thermophiles, telles que le coryphène, le barracuda à bouche jaune ou certains carangidés comme la sériole. Parallèlement, les espèces boréales et certains thons ont vu leurs populations décliner. La figure 1 illustre une partie de ces résultats. On peut y voir que la saupe, une espèce qui était très présente dans cette région entre les années 1950 et 1970 se rarifie de nos jours, tandis que la sériole, qui était totalement absente dans les filets dans le passé, est maintenant une espèce commune en mer de Ligure (Cattaneo-Vietti, 2014).

Figure 1. Représentation des résultats sur les rendements en poisson (1950-1974 et 1996-2011) obtenus grâce à la Tonnarella de Camogli. Cette figure illustre la diminution de l’espèce Sarpa salpa et l’augmentation de l’espèce Seriola dumeril en mer Ligure, au fil des années. Adapté de Cattaneo-Vietti, 2014.

De plus, certains grands prédateurs pélagiques tels que les requins, en particulier le requin bleu, qui autrefois était fréquent, disparaissent peu à peu. Les requins sont devenus de plus en plus rares en raison de la surpêche ou de l’appauvrissement de leurs proies. Leur disparition de la zone côtière ligure est probablement aussi due aux nuisances sonores causées par le trafic nautique pendant l’été. Suite à ces considérations, les données de la Tonnarella de Camogli peuvent être considérées comme un outil puissant pour évaluer ces changements structurels des poissons pélagiques dans la mer Ligure et, éventuellement, de toute la Méditerranée nord-occidentale et reste un témoin important des effets du changement du changement climatique.

De nouveaux voisins

Depuis la fin des années 1980, des espèces thermophiles ont été enregistrées pour la première fois dans la mer Ligure, montrant des processus de « méridionalisation » (fait référence à l’arrivée et à l’établissement d’espèces typiques du sud de la Méditerranée) et de « tropicalisation » du bassin (présence soudaine d’espèces tropicales non indigènes). De nombreux poissons ont simplement élargi leur aire de répartition vers le nord, comme la girelle paon ou le barracuda à bouche jaune et bien d’autres. En parallèle, plusieurs espèces de poissons, d’invertébrés, de macro- et microalgues, jamais enregistrés dans le passé et pour certains d’origine de la mer Rouge, sont maintenant observés, avec parfois d’importantes populations. Ces nouvelles espèces venues d’ailleurs causent un risque pour la faune et la flore locale, car certains poissons comme le poisson lion n’ont pas de prédateur dans ce nouveau milieu et peuvent être voraces (Cattaneo Vietti, 2018)!

Un groupe de girelle paon en train de frayer, au sud de la corse, Photo de Léon Le Guillou

Conclusion

En conclusion, les travaux de Cattaneo-Vietti ont été essentiels pour comprendre et mettre en lumière les impacts du réchauffement climatique sur nos mers et océans. Ces changements touchent bel et bien la faune et la flore sous-marine de méditerranée. En plus de cette « fièvre », la grande bleue voit ses habitants changer avec l’arrivée d’espèces tropicales et en parallèle, la disparition de populations locales, ce qui menace l’équilibre de la biodiversité du bassin.

Les écosystèmes littoraux de la Ligurie ont montré des signes de dégradation au cours des dernières décennies. Cependant, ces changements ne sont pas nécessairement irréversibles, et des signes encourageants ont été observés récemment. Par exemple, l’aire marine protégée de Portofino, créée en 1999, abrite désormais une population significative de mérous bruns, une espèce qui avait presque disparu de la mer Ligure depuis les années 1970 en raison de la surpêche (Cattaneo-Vietti, 2018).

Un mérou brun de méditerranée, en corse. Photo de Léon Le Guillou

Le fait de mieux comprendre les changements peut donc aider à mieux protéger l’environnement en incitant les états à prendre des mesures comme la création de zones protégées, la mise en place de quotas de pêche ou encore la protection de certaines espèces menacées.

Bibliographie

AquaPortail. (2021). Vibrion. Récupéré sur https://www.aquaportail.com/dictionnaire/definition/14797/vibrion

Cattaneo-Vietti, R. (2014). Yield and catch changes in a Mediterranean small tuna trap: A warming change effect? https://doi.org/10.1111/maec.12127

Cattaneo‑Vietti, R. (2018). Structural changes in Mediterranean marine communities : Lessons from the Ligurian Sea. https://doi.org/10.1007/s12210-018-0670-2

Dillon, J. A. (2023). Marine heatwaves need clear definitions so coastal communities can adapt. Nature.com. https://www.nature.com/articles/d41586-023-00924-2

Pacorel, J., & Flamand, G. (2022). En Méditerranée, des forêts de corail décimées par la chaleur. Agence France-Presse. https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/2022-09-24/en-mediterranee-des-forets-de-corail-decimees-par-la-chaleur.php

Parc national des Calanques. (2022). Épisode de mortalité de gorgones en Méditerranée. Récupéré sur https://www.calanques-parcnational.fr/fr/actualites/episode-de-mortalite-de-gorgones-en-mediterranee

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Le casque des Membracides, « casque » c’est au juste ?! https://arn-messager.com/2024/12/le-casque-des-membracides-casque-cest-au-juste/ https://arn-messager.com/2024/12/le-casque-des-membracides-casque-cest-au-juste/#respond Mon, 02 Dec 2024 16:24:15 +0000 https://arn-messager.com/?p=2420 « C’est quoi ton insecte préféré? » La fameuse question qu’on finit tous par se faire poser lorsqu’on étudie en entomologie! Pour ma part, la réponse me vient naturellement, sans trop y penser : les « treehoppers », ces curieux hémiptères de la famille des Membracidae. Souvent à peine plus grand qu’un centimètre et préférant se […]

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« C’est quoi ton insecte préféré? »

La fameuse question qu’on finit tous par se faire poser lorsqu’on étudie en entomologie! Pour ma part, la réponse me vient naturellement, sans trop y penser : les « treehoppers », ces curieux hémiptères de la famille des Membracidae. Souvent à peine plus grand qu’un centimètre et préférant se tenir à la cime des arbres, ces insectes sont difficiles à observer en nature. Il faut avoir l’œil bien aiguisé et de la patience à l’excès avant d’être récompensé par une vue comme celle-ci :

Quelques espèces de Membracides retrouvées au Québec. De gauche à droite, de haut en bas : Smilia camelus, Heliria scalaris, Thelia bimaculata, Entylia carinata. Images tirées d’Entomofaune (©Claude Pilon) [a].

La première chose qui saute aux yeux, c’est bien sûr l’excroissance impressionnante au-dessus de leur tête. Surnommée casque, elle est en fait un appendice attaché au thorax dont la forme permet d’ailleurs de différencier les espèces entres elles. Et je ne vous ai toujours pas parlé des espèces retrouvées dans les régions aux climats tropicaux comme au Brésil, où la forme de ce casque peut prendre des allures presque extraterrestres :

Rangée 1: Bocydium sp., Espèce inconnue, Membracis foliata (Linnaeus)
Rangée 2: Espèce inconnue, Anchistrotus sp., Espèce inconnue, Espèce inconnue
Rangée 3: Cladonota sp., Heteronotus sp., Bolbonota sp.
Rangée 4: Oeda sp., Stegaspis sp., Cyphonia clavata (Fabricius).
(©Prudhomme, 2011). [b]

En plus d’être sujets d’inspiration pour un film de science-fiction, les Membracidae soulèvent de nombreuses questions en entomologie. Qu’est-ce qui peut bien être à l’origine de ces ornements?

D’abord, c’est quoi un insecte ?!

Pour une mise en contexte, les insectes sont reconnus par les trois segments que composent leur corps : la tête, le thorax et l’abdomen. Le thorax est lui-même segmenté en trois sections, nommées prothorax ou pronotum (T1), mésothorax (T2) et métathorax (T3). Les segments T2 et T3 portent tous deux une paire d’ailes, et chaque segment porte une paire de pattes.

En couleur, les trois segmentations du thorax d’un insecte : prothorax (ou pronotum), mésothorax, métathorax. Image tirée de l’Université de Sydney. [c]

Les membracides répondent à toutes ces caractéristiques, à la différence près du casque. Le casque est spécifique à cette famille : chaque espèce en possèdent un, bien que de taille variable, voulant dire qu’il est apparu tôt lors de leur évolution. De plus, le point d’encrage du casque se trouve sur le segment T1 du thorax. À savoir qu’il est déjà rare de trouver des excroissances comme celle-ci sur le pronotum – on pense au scarabée rhinocéros (Oryctes nasicornis), par exemple.

À gauche, la délimitation du casque sur Smilia camelus. On peut voir la tête avec les yeux rouges juste en dessous.  (©Claude Pilon, 2022) [a]

Où est-ce que j’en viens avec ça, me demandez-vous? Pour cela, on doit retourner en 2011, lorsque le chercheur Benjamin Prud’homme et son équipe de recherche à l’Institut de Biologie du Développement de Marseille-Luminy se sont penchés sur l’origine morphologique d’un tel appendice. Ils sont arrivés à une hypothèse folle, mais solide :

Le casque des membracides proviendrait d’anciennes… AILES !

… oui oui, même pour lui :

Bocydium globulare. (©Pavel Kirillov, 2014). [d]

Cela veut également dire que les membracides serait la seule famille d’insecte à posséder des ailes sur le premier segment du thorax, leur troisième paire! Souvenez-vous, les segments T2 et T3 portent tous deux les paires d’ailes retrouvées chez la grande majorité des insectes actuels (certaines exceptions existent bien sûr, comme les mouches (Diptera) qui, au lieu d’ailes sur le T3, auront des sortes de balanciers issus d’anciennes ailes, les haltères).

Le casque sous la loupe

Commençons donc par passer en revue les preuves que l’équipe de Prud’homme soulèvent. Déjà, si on regarde du côté morphologique, le casque des membracides est extrêmement flexible pour l’excroissance du segment T1 qu’il devrait être, et cela est dû aux joints articulés non-sclérifiés qui le relient au reste du corps [1]. Étrangement, on retrouve sur les ailes du deuxième et troisième segment des joints similaires…

Coupe transversale d’un membracide (Publilia modesta) : dans l’image du haut, la coupe est faite au niveau du point d’encrage du casque. En bas, la coupe est faite sur le même individu au niveau de la première paire d’ailes. Les pointes de flèches soulignent une cuticule fine et flexible, et les flèches une cuticule épaisse. (©Prudhomme, 2011). [b]

Dans la même suite d’idée, le casque possède plusieurs autres caractéristiques physiques et développementales similaires aux ailes: le casque porte une nervation, les deux surfaces qui le forment poussent sur les côtés du corps pour ensuite se fusionner au milieu, il se déploie comme des ailes lorsque le membracide passe de nymphe au stade adulte, et il est fait d’une couche de cellules épithéliales maintenues ensemble par des colonnes de cuticule, pour ne nommer que les principaux points de l’étude [1]. Tout cela semble démontrer qu’on ne fait pas face à une protubérance thoracique comme celles du scarabée rhinocéros ou du tigre du platane (Corythuca ciliata). On connait même certaines espèces d’hémiptères, comme Ledra aurita (Cicadellidae), qui possèdent des excroissances du pronotum similaires à celles des membracides. Cependant, ces cornes ne sont pas articulées par un joint, soutenant toujours l’hypothèse de Prud’homme.

Est-ce qu’une cicadelle pourrait faire ÇA?! Bien évidemment, non. À gauche, la cicadelle Ledra aurita (©John Jeffery, 2009) [e]. À droite, un membracide Telamona tristis nouvellement adulte qui déploie son casque (©Claude Pilon, 2010) [f].

Le casque, d’encore plus près

Leur morphologie n’est pas la seule chose qui appuie l’hypothèse d’un casque fait d’ailes. En effet, les gènes Nubbin, Distal-less (Dll) et homothorax (hth) sont tous impliqués dans la formation de ce casque au stade de nymphe : pour Nubbin, il assure la différentiation des ailes quant aux autres appendices, alors que DII et hth déterminent l’axe proximo-distal du casque, du point d’attache au thorax à l’extrémité postérieure [1]. Ces gènes sont pourtant impliqués dans la plupart des insectes pour la formation d’ailes, l’expression de Nubbin dans le casque étant même similaire à celle dans une aile [1]. Curieux tout cela!

Le membracide sous toutes ses couleurs

Un argument contre l’hypothèse de Prud’homme serait quant à la différentiation impressionnante du casque entre chaque espèce. On sait que les ailes ont tendance à évoluer très lentement, puisqu’elles sont physiologiquement limitées par leur fonction de vol et que les insectes font face à de fortes contraintes métaboliques quant au développement d’appendices supplémentaires [1]. C’est logique, plus d’ailes veut dire plus d’énergie nécessaire pour les faire bouger. Toutefois, ce qu’on a chez les membracides, c’est un appendice dérivé d’ailes qui a perdu sa fonction primaire de vol. Le casque peut ainsi occuper plusieurs nouvelles fonctions selon les besoins de l’espèce dans son environnement, et donc évoluer rapidement. D’ailleurs, on devine l’utilité du casque chez certaines espèces à des fins de camouflage, pour d’autres à des fins de défense. Imiter des feuilles mortes, les épines de la plante-hôte ou même des prédateurs comme des fourmis, c’est une stratégie qui s’avère particulièrement gagnante.

L’expertise de camouflage et de défense des membracides. Quelques espèces retrouvées dans leur environnement. [Sources variées, identifiées sur les images]

Les membracides fêtent leurs… 350 millionièmes ?!

Bon, de savoir que le casque des membracides pourrait venir d’une troisième paire d’aile, c’est bien beau, mais concrètement… ça sert à quoi? Pour prendre conscience de la gravité d’une telle découverte, on doit remonter 350 millions d’années en arrière…

À cette époque, l’ancêtre commun des insectes exhibait un plan d’organisation bien différent, notamment dans la présence d’une paire d’ailes sur le premier segment du thorax, en plus de tous les segments de l’abdomen [2]. Ce développement d’appendices supplémentaires était possible à partir des gènes Hox. Il y a 350 millions d’années, cependant, la répression du gène sur tous les segments du corps sauf aux T2 et T3 du thorax a permis à certains individus de se libérer du coût métabolique qu’impliquait le maintien de toutes ces ailes, leur permettant ainsi de mieux survivre [1]. C’est à ce moment que les insectes se sont différenciés et sont devenus… insectes.

À gauche, la chronoséquence décrivant les grandes étapes de l’évolution des Ptérygotes. Encadré en rouge, on peut voir le groupe auquel appartient les membracides actuels. (Kukalova-Peck, 1978). À droite, une nymphe d’Éphéméroptère plus âgée typique du Paléozoïque. [k]

Depuis 250 millions d’années, la présence d’ailes ailleurs que sur les segments T2 et T3 est réprimée chez les insectes. D’autres gènes, comme le gène Sex combs reduced (Scr) agissent dans cette répression des ailes sur le segment T1 spécifiquement [1]. Une expérience sur le coléoptère Trilobium a démontré que lorsque Scr est étouffé lors du développement de la larve, des primordia (ou débuts d’organes) exprimant le gène Nubbin se forment sur le T1 du thorax [1].

Mais alors, est-ce que cela voudrait dire que les membracides ont évolué pour ne pas exprimer le gène Scr? Après analyse, non… Scr est présent chez les membracides [1].

Plus curieux encore, c’est ce qui arrive quand le gène Scr des membracides est comparé au Scr d’un autre insecte… Dans une expérience, le gène Scr d’un membracide a été introduit dans une drosophile [1]. Contre toute attente, la drosophile ne portait pas de primordia sur son segment T1, et la formation des ailes et des haltères sur les autres segments du thorax a également été empêchée!

L’expérience de Prud’homme : à gauche, une drosophile au développement normal. Au centre, une drosophile qui exprime le gène Scr d’un membracide : on peut voir à droite les primordia, donc l’absence d’ailes, sur les segments T2 et T3 du thorax. (©Prudhomme, 2011) [b]

Mais alors, d’où est-ce qu’il vient, le casque des membracides ?! Pour le moment, on ne peut que supposer que dans le segment T1 des membracides, l’expression du gène Scr est étouffé par une cascade de réaction inconnue et que l’expression de Nubbin pour la formation d’ailes peut ainsi avoir lieu… [1] Tout de même, les implications d’une telle découverte restent sidérantes (et controversées)! On ferait face à un insecte moitié préhistorique, moitié moderne, et 100% fascinant.

Les membracides, l’insecte 4.0 : voici une hypothèse sur l’évolution du lien régulateur entre Scr et le programme de développement de l’appendice dorsal, de l’absence de lien ancestral (1, 2), à une répression (3) jusqu’à la perte secondaire chez les membracides (4). (©Prudhomme, 2011) [b]

Bibliographie

[1] Prud’homme, B., Minervino, C., Hocine, M. et al. Body plan innovation in treehoppers through the evolution of an extra wing-like appendage. Nature 473, 83–86 (2011). https://doi.org/10.1038/nature09977. https://www.nature.com/articles/nature09977

[2] Kukalova-Peck, Jarmila. (1978). Origin and Evolution of Insect Wings and Their Relation to Metamorphosis, as Documented by the Fossil Record. https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/jmor.1051560104

[a] Membracides – Liste des espèces. Les Hémiptères du Québec. https://www.hemipteres.net/membracides/membracides_liste.html

[b] Prud’homme, B., Minervino, C., Hocine, M. et al. Body plan innovation in treehoppers through the evolution of an extra wing-like appendage. Nature 473, 83–86 (2011). https://doi.org/10.1038/nature09977. https://www.nature.com/articles/nature09977

[c] University of Sydney. (2004, Février). Entomology – External morphology. http://bugs.bio.usyd.edu.au/Entomology/externalmorphology/extmorphology.html

[d] Kirillov, Pavel. (2014, 1er août). Globe-bearing Treehopper Bocydium globulare. Flickr. https://www.flickr.com/photos/pasha_k/14801858422

[e] Jeffery, John. (2009, Octobre). Ledra aurita. British bugs: an online identification guide to UK Hemiptera. https://www.britishbugs.org.uk/homoptera/Cicadellidae/Ledra_aurita.html

[f] Entomofaune. (2012). Membracides – Introduction. Les Hémiptères du Québec. https://www.hemipteres.net/membracides/membracides_intro.html

[g] jasoncryan. (2012). On Treehoppers…or…What the Heck is THAT For?!?!  Museum of Natural Sciences. https://naturalsciencesresearch.wordpress.com/2012/06/26/on-treehoppersorwhat-the-heck-is-that-for/ 

[h] Gründemann, Helissa. (2021). Beginning of the dry season in the caatinga forest, dry leaves on the ground, autumn colors – Oeiras, Piaui state, Brazil. https://www.alamy.com/beginning-of-the-dry-season-in-the-caatinga-forest-dry-leaves-on-the-ground-autumn-colors-oeiras-piaui-state-brazil-image451821765.html 

[i] Neto, Oscar. (2019). Membracis sp. (ant is a Camponotus sericeiventris). https://www.flickr.com/photos/oscarcbneto/49547639197/

[j] Neto, Oscar. (2018). Dinoponera cf. gigantea – Tocandira / Giant Amazon Ant (Perty, 1833). https://www.flickr.com/photos/oscarcbneto/29926081627 [k] Kukalova-Peck, Jarmila. (1978). Origin and Evolution of Insect Wings and Their Relation to Metamorphosis, as Documented by the Fossil Record. https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/jmor.1051560104

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Hymne aux Hyménoptères https://arn-messager.com/2024/11/hymne-aux-hymenopteres/ https://arn-messager.com/2024/11/hymne-aux-hymenopteres/#respond Wed, 13 Nov 2024 16:50:00 +0000 https://arn-messager.com/?p=2405 Chose certaine, l’ordre des Hyménoptères se démarque chez les insectes. En effet, avec plus de 150 000 espèces décrites, ces petites bêtes se hissent bien près du sommet du palmarès des ordres d’insectes les plus nombreux et prouvent donc qu’elles gagnent à être mieux connues. Que ce soit par la diversité de leurs modes de vie, […]

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Chose certaine, l’ordre des Hyménoptères se démarque chez les insectes. En effet, avec plus de 150 000 espèces décrites, ces petites bêtes se hissent bien près du sommet du palmarès des ordres d’insectes les plus nombreux et prouvent donc qu’elles gagnent à être mieux connues. Que ce soit par la diversité de leurs modes de vie, de leur morphologie ou de leurs comportements, les hyménoptères impressionnent les entomologistes amateurs et professionnels. Considérant le déclin global des insectes et des pollinisateurs qui est observé de nos jours, familiarisons-nous avec ces héros méconnus et leurs rôles écologiques essentiels dans la survie de notre biodiversité 10.

Les abeilles, championnes de la pollinisation

Ah, les abeilles… Bien qu’elles soient réputées pour leur délicieux miel et leurs exploits de pollinisation, peu connaissent réellement leur diversité. L’abeille domestique (Apis mellifera) est certainement la plus connue; les apiculteurs l’élèvent partout autour du monde pour la production de miel, y compris au Québec, où l’espèce a été introduite. L’abeille domestique est eusociale, c’est-à-dire qu’elle forme des colonies où on retrouve trois castes : la reine, les ouvrières et les faux-bourdons. Cependant, la majorité des abeilles indigènes du Québec sont solitaires et ne produisent pas de miel! Ces dernières sont d’ailleurs très ingénieuses pour ce qui est de la construction de leur nid : alors que certaines creusent des trous dans le sol (ex : genre Anthophora), d’autres vont gruger le bois mort (ex : genre Xylocopa). D’autres abeilles iront même jusqu’à découper des feuilles ou des fleurs afin de rendre les cellules de leur nid plus étanches (ex : genre Megachile). Les abeilles, qu’elles soient sociales ou solitaires, consomment toutes du nectar et du pollen récoltées sur des fleurs. Elles ont d’ailleurs plusieurs caractéristiques morphologiques bien adaptées à leur rôle de pollinisatrices. Par exemple, elles ont des setae, des structures ressemblant à des poils et permettant, entre autres, de recueillir du pollen. Elles possèdent également un appareil buccal spécialisé, le glosse, permettant d’aspirer du nectar et des mandibules permettant d’aménager leur nid 1,4,7,8.

Deux femelles de l’halicte vert (Agapostemon virescens) qui butinent sur une fleur. On peut observer le pollen accumulé sur leurs pattes arrière. Photo par : Daphné Larivière.

Les bourdons, ces petits poilus

Difficile d’ignorer un bourdon quand il passe près de nous! Cet insecte, bien qu’appartenant à la famille des abeilles (genre Bombus), possède plusieurs caractéristiques uniques qui lui méritent sa propre rubrique. Il existe environ 20 espèces de bourdons au Québec et elles sont toutes sociales. Les colonies de bourdons sont creusées à même le sol et sont renouvelées à chaque année par une nouvelle reine fécondée. Les bourdons sont d’excellents pollinisateurs en raison de leur morphologie spécialisée. En effet, la quasi-totalité de leur corps est recouvert de setae. Les bourdons peuvent ensuite utiliser les peignes sur leurs pattes arrière pour recueillir le pollen dans leurs corbeilles. Les setae permettent aussi aux bourdons de réguler leur température corporelle, un avantage important dans le climat québécois. Les bourdons peuvent ainsi être actifs du début du printemps jusqu’à la fin de l’automne, ce qui rend leur pollinisation particulièrement efficace. D’ailleurs, ils sont capables d’apprentissage! Ainsi, à la fin de l’année, ils pourront reconnaître les motifs ultraviolets des fleurs et sélectionner les espèces offrant une grande quantité de pollen et de nectar. De plus, dès le début de l’année, les bourdons peuvent visiter une grande variété de fleurs grâce à la pollinisation vibratile, ce qui en font des insectes très généralistes, ce qui est un avantage considérable dans un écosystème. Bref, ils sont beaucoup plus que mignons, ces bourdons 1, 5, 6, 7, 9!

Bourdon tricolore (Bombus ternarius) qui butine sur une fleur. Photo par : Daphné Larivière.

Les guêpes : incomprises et importantes

C’est inévitable : pour plusieurs personnes, les guêpes sont synonyme de danger et de peur. On a tous déjà entendu dire que les guêpes attaquent tout ce qui bouge et qu’elles peuvent le faire à répétition. L’heure est venue de rétablir la vérité! En fait, ce sont les guêpes eusociales qui font preuve d’agressivité et de territorialité lorsqu’on s’approche trop de leur nid. Ce dernier est d’ailleurs généralement en papier et construit à partir de morceaux de bois mâchés, bien que certains nids soient construits à même le sol. Les guêpes sociales, comme une bonne partie des hyménoptères, possèdent un dard. Celui-ci est lisse, permettant à l’insecte de piquer plusieurs fois dans sa vie. Les guêpes adultes consomment du pollen et du nectar et sont donc pollinisatrices, mais elles sont également prédatrices, puisque les larves consomment des protéines animales. Elles iront même jusqu’à fouiller dans nos poubelles pour nourrir leur progéniture! Autre fait intéressant : certaines guêpes sont solitaires et ne possèdent pas de dard. En fait, tout comme pour les abeilles, c’est la grande majorité des guêpes indigènes du Québec qui sont solitaires. Plusieurs de ces dernières ont adopté un mode de vie parasitoïde d’autres insectes, ce qui leur vaut d’être très étudiées, par exemple pour la lutte biologique. On peut facilement reconnaître les guêpes par leurs couleurs et motifs aposématiques, servant à annoncer à leurs prédateurs le danger qu’elles posent, leur quasi-absence de setae et la séparation marquée entre leur thorax et leur abdomen. C’est d’ailleurs de là que vient l’expression « avoir une taille de guêpe » 1, 3, 7!

Guêpe maçonne (Ancistrocerus gazella) qui butine sur une fleur. Photo par : Daphné Larivière.

Les fourmis, ces travailleuses acharnées

On ne peut pas parler des hyménoptères sans glisser un mot sur les fourmis, parfois oubliées au sein de cet ordre. Ces minuscules insectes fascinent petits et grands pour leur organisation sociale complexe. Toutes les espèces de fourmis sont eusociales et peuvent former des colonies immenses, pouvant contenir plusieurs millions d’individus. On estime d’ailleurs que, malgré qu’il n’y ait « que » 12 000 espèces décrites, leur population totale mondiale serait d’environ un quadrillion! Les fourmis de la caste ouvrière sont haptères, ce qui signifie qu’elles n’ont pas d’ailes, et peuvent être séparées en sous-castes en fonction de leur âge ou de leur taille. Les différents rôles qu’on y retrouve incluent l’entretien du nid, la défense de la colonie et les soins envers les larves, entre autres. La morphologie des sous-castes est également adaptée à leur rôle! Les fourmis peuvent adopter différents rôles écologiques selon leur alimentation et leur mode de vie. Certaines élèvent des colonies de pucerons pour en récolter le miellat, d’autres consomment des petits insectes morts, et plusieurs mangent des sucs de plantes et de fruits! Leur puissante adaptabilité à tous les environnements et leur capacité à travailler de concert sont la clé de leur succès global et de leur importance capitale au sein de tous les écosystèmes 2, 7.

Colonie de pucerons (Aphis sp.) élevée par des fourmis, qui en consomment le miellat. Photo par : Daphné Larivière.

Des insectes à protéger

Les hyménoptères, tout comme la majorité des insectes autour du monde, sont en constant déclin dans les dernières années. L’urbanisation cause une destruction de leurs habitats, tout comme l’aménagement de jardins contenant des plantes exotiques, nuisant à l’installation de plantes indigènes, nécessaires pour les pollinisateurs spécialisés comme certaines abeilles. Il est donc primordial de mettre de l’avant la protection de cette belle biodiversité afin d’assurer l’avenir de la planète. Des solutions simples s’offrent à nous. Construire un jardin nourricier de plantes indigènes, arrêter l’utilisation de pesticides et laisser des abris pour les insectes, comme les feuilles mortes au sol, sont de bons exemples d’actions concrètes permettant d’aider ces petites bêtes à continuer leur travail. Dans tous les cas, continuons de chanter leurs louanges 8, 11!

Bibliographie

  1. Espace Pour la Vie. (s.d.). Abeilles, guêpes et bourdons. https://espacepourlavie.ca/abeilles-guepes-et-bourdons
  2. Espace Pour la Vie. (s.d.). Les fourmis. https://espacepourlavie.ca/les-fourmis
  3. Espace Pour la Vie. (s.d.). Guêpes sociales. https://espacepourlavie.ca/guepes-sociales
  4. Espace Pour la Vie. (s.d.). Abeilles solitaires et abeilles sociales. https://espacepourlavie.ca/abeilles-solitaires-et-abeilles-sociales
  5. Espace Pour la Vie. (s.d.). Bourdons. https://espacepourlavie.ca/bourdons
  6. Faune et flore du pays. (s. d.). Les bourdons. https://www.hww.ca/fr/faune/invertebres/bourdons.html
  7. Gullan, P. et Cranston, P. (2014). The Insects: an Outline of Entomology. (5e éd.) De Wiley Blackwell.
  8. Kevan, P. et Monckton, S. (2017). Abeille. Dans L’Encyclopédie Canadiennehttps://doi.org/10.1002/9781405186407.wbiecs133.pub2  
  9. Martinet, B., Lecocq, T., Smet, J., et Rasmont, P. (2015). A Protocol to Assess Insect Resistance to Heat Waves, Applied to Bumblebees (Bombus Latreille, 1802). PLOS ONE, 10(3), e0118591. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0118591
  10. Peters, R. S., Krogmann, L., Mayer, C., Donath, A., Gunkel, S., Meusemann, K., Kozlov, A., Podsiadlowski, L., Petersen, M., Lanfear, R., Diez, P. A., Heraty, J., Kjer, K. M., Klopfstein, S., Meier, R., Polidori, C., Schmitt, T., Liu, S., Zhou, X., et al. (2017). Evolutionary History of the Hymenoptera. Current Biology, 27(7), 1013–1018. https://doi.org/10.1016/j.cub.2017.01.027  
  11. Goddard, M. A., Dougill, A. J., & Benton, T. G. (2010). Scaling up from gardens: biodiversity conservation in urban environments. Trends in Ecology & Evolution25(2), 90–98. https://doi.org/10.1016/j.tree.2009.07.016

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Henrietta Lacks et la lignée cellulaire immortelle https://arn-messager.com/2024/10/henrietta-lacks-et-la-lignee-cellulaire-immortelle/ https://arn-messager.com/2024/10/henrietta-lacks-et-la-lignee-cellulaire-immortelle/#respond Tue, 22 Oct 2024 20:26:36 +0000 https://arn-messager.com/?p=2391 En 1951, lors de son premier traitement pour le cancer du col de l’utérus, un échantillon du cancer d’Henrietta Lacks a été envoyé à George Gey. Chercheur à l’hôpital John Hopkins à Baltimore, Gey et son équipe prenaient régulièrement en charge des échantillons de tissus cancéreux pour les mettre en culture et ainsi tenter de […]

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En 1951, lors de son premier traitement pour le cancer du col de l’utérus, un échantillon du cancer d’Henrietta Lacks a été envoyé à George Gey. Chercheur à l’hôpital John Hopkins à Baltimore, Gey et son équipe prenaient régulièrement en charge des échantillons de tissus cancéreux pour les mettre en culture et ainsi tenter de démarrer la première culture cellulaire immortelle. Tous ses essais avaient échoué jusque-là : les cellules pouvaient être gardées en vie quelque temps, mais finissaient toujours par mourir. Toutefois, les cellules d’Henrietta étaient différentes : dès le lendemain de leur mise en culture, elles semblaient avoir doublé en quantité. Non seulement cela, mais elles ne semblaient tout simplement pas mourir. Cette lignée cellulaire demeure vastement utilisée aujourd’hui et a permis d’innombrables découvertes scientifiques; C’est la lignée HeLa. Mais qui était Henrietta Lacks et comment cette histoire se dénoue-t-elle ? (Skloot, 2011; Zimmer, 2013)

Toute une vie

Henrietta Lacks est née en août 1920 dans l’état de la Virginie aux États-Unis, soit un moment et un endroit terriblement précaire pour une femme afro-américaine. Sa vie est demeurée teintée des injustices sociales qui découlent de l’esclavagisme et du racisme, ce jusqu’à sa mort. Sa mère est décédée deux ans après sa naissance, elle a donc été élevée par son grand-père dans une plantation de tabac, où elle a travaillé une grande partie de sa courte vie. Son arrière-grand-père était d’ailleurs propriétaire de cette plantation et des esclaves qui y travaillaient. Elle a ainsi grandi dans les cabines mêmes qui servaient de logis pour ces esclaves des années plus tôt (Skloot, 2011).

Henrietta Lacks dans les années 1940. De la famille Lacks, via The New York Times

À l’âge de seulement 14 ans, en 1935, elle a accouché de son premier enfant et est devenue mère d’un total de cinq enfants à travers les années. Elle a marié David Lacks, son cousin et père de ses enfants, en 1941, avant de déménager dans le comté de Baltimore, qui offrait un emploi plus payant pour David. Henrietta était décrite par plusieurs comme très jolie et coquette, ses ongles souvent vernis de rouge et ses habits toujours soignés. C’est seulement quelques mois après la naissance de son cinquième enfant qu’elle a reçu son diagnostic de cancer, qui était malheureusement très agressif. En effet, ces cellules qui pouvaient pousser dans un environnement moins qu’idéal, dans des tubes de vitres dans un milieu de culture dont la recette était incertaine ont rapidement migré à travers le corps d’Henrietta et elle s’est éteinte à l’âge de 31 ans, en 1951, dans l’établissement même de John Hopkins (Skloot, 2011).

L’éthique de l’époque : inexistante

Revenons à notre cher Gey, qui a rapidement partagé son exploit à la communauté scientifique. Ils avaient, lui et son équipe, établi la première lignée cellulaire immortelle. Là est le problème : quelles sont les procédures à suivre afin de respecter la personne dont viennent les cellules ? Aujourd’hui, il en est de soi qu’on ne peut pas tout simplement utiliser les cellules d’une personne sans son consentement et encore moins profiter financièrement de ces cellules. À cette époque, la bioéthique n’existait pas encore vraiment, d’autant plus que la plupart ne croyait pas que l’établissement d’une lignée immortelle était possible, donc aucun encadrement ne régissait ce type de don. En effet, dès que Gey eut compris que les cellules se multipliaient sans limite, il envoya des échantillons à qui le voulait et on a rapidement compris à quel point cette avancée allait être cruciale pour le futur de la recherche en médecine. En peu de temps, les cellules HeLa ont été produites industriellement, rapportant des profits notables à leurs producteurs. Pour la première fois, on pouvait expérimenter sur des cellules humaines sans répercussion sur l’humain même et cela a tout changé (Skloot, 2011; Truog et al., 2012).

Image de fluorescence multiphotonique de cellules HeLa cultivées avec une protéine fluorescente ciblant l’appareil de Golgi (orange), les microtubules (vert) et contre-colorée pour l’ADN (cyan) par le National Institutes of Health (NIH) (Tom Deerinck)

Une famille oubliée

Ce qui reste le plus frappant est que la famille d’Henrietta n’a pas été mise au courant de cette révolution tout de suite. Ce n’est qu’en 1973, lorsqu’un scientifique a contacté un de ses enfants pour un échantillon de sang qu’ils ont été informés de l’importance de leur maman. Non seulement cela, mais sa famille a continué à vivre dans une situation financière précaire tandis que des gens profitants des cellules de leur mère ou femme ont amassée une somme que cette famille n’aurait probablement même pas pu s’imaginer (Skloot, 2011).

Aujourd’hui

Depuis des années, les différentes lignées cellulaires sont nombreuses et toujours aussi impératives dans les initiatives de recherche en médecine. Cependant, les patients dont ils viennent peuvent garder l’anonymat et ces dons sont beaucoup mieux encadrés. Malgré cela, les donneurs ou leur famille reçoivent toujours rarement une compensation financière pour leur contribution. Il reste donc toujours du travail à faire en ce sens (Truog et al., 2012).

J’ai initialement été interpellée par l’histoire d’Henrietta lorsque j’ai moi-même dû travailler avec la lignée cellulaire HeLa. Il m’a été évident que connaître d’où viennent les lignées cellulaires serait alors un fait important à partager, surtout avec les gens qui auront à en utiliser dans leur recherche. Si vous voulez en apprendre plus sur la vie de cette femme tout en découvrant un récit touchant, n’hésitez pas à lire La vie immortelle d’Henrietta Lacks (« The Immortal Life of Henrietta Lacks ») de Rebecca Skloot.

Bibliographie

Skloot, R. (2011). The Immortal Life of Henrietta Lacks. Crown.

Truog, R. D., Kesselheim, A. S., & Joffe, S. (2012). Paying tissue donors : The legacy of Henrietta Lacks. Science (New York, N.Y.), 337(6090), 37. https://doi.org/10.1126/science.1216888

Zimmer, C. (2013, août 7). A Family Consents to a Medical Gift, 62 Years Later. The New York Times. https://www.nytimes.com/2013/08/08/science/after-decades-of-research-henrietta-lacks-family-is-asked-for-consent.html

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La zoonose – une menace de plus en plus présente, et quoi faire pour y remédier avant qu’il soit trop tard… https://arn-messager.com/2023/12/la-zoonose-une-menace-de-plus-en-plus-presente-et-quoi-faire-pour-y-remedier-avant-quil-soit-trop-tard/ https://arn-messager.com/2023/12/la-zoonose-une-menace-de-plus-en-plus-presente-et-quoi-faire-pour-y-remedier-avant-quil-soit-trop-tard/#respond Mon, 04 Dec 2023 03:06:04 +0000 https://arn-messager.com/?p=2358 Par Julianne Roy

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Imaginez: nous sommes en 2028, et vous vous déplacez furtivement dans une ruelle, de peur d’être repéré. La situation est précaire pour vous et votre groupe: le gouvernement et ses institutions, incluant l’armée et la police, se sont effondrés il y a quelques semaines, laissant les derniers survivants à eux-mêmes, ou presque… Vous vous battez contre un ennemi invisible, mais non moins fatal: un pathogène zoonotique.

Cette petite introduction peut nous sembler dramatique, mais l’état du monde est tout de même critique pour ses huit milliards d’habitants humains. En effet, la Doomsday Clock, célèbre horloge métaphorique qui indique le temps avant une catastrophe globale selon plusieurs scientifiques, a récemment été réarrangée à 90 secondes avant minuit, le plus près qu’elle n’a jamais été de l’apocalypse (Doomsday Clock, 2023). Bien que cette horloge ne soit pas un reflet objectif de la situation, elle peint tout de même un portrait des pensées des plus grands scientifiques du monde contemporain, et cela devrait nous inquiéter. L’une des grandes menaces qui inquiète ces scientifiques, c’est la zoonose. Mais qu’est-ce que c’est que ça? Et que peut-on faire pour y remédier?

Qu’est-ce qu’une zoonose ?

L’une des menaces les plus présentes en ce moment est un groupe de pathogènes appelés les zoonoses: maladies qui touchent les animaux et qui sont transmissibles aux humains (World Health Organization, 2020). On peut notamment citer la célèbre grippe espagnole, qui nous vient de nos cousins aviaires, la maladie de Lyme, transmise par les tiques, la rage, qui affecte tous les mammifères, la Covid-19, qui est probablement issue des chiroptères ou des pangolins, le MERS, la grippe porcine et une foule d’autres maladies qui nous affectent tous les jours (Rahman et al., 2020). Selon le CDC (Center for Disease Control aux États-Unis), près de 60% des maladies infectieuses proviendraient des animaux et 75% des pathogènes nouveaux ou émergents qui affectent les humains sont des zoonoses.

Les zoonoses peuvent être bactériennes, virales, provenir de prions, de champignons, ou de parasites, et sont transmises par contact avec:

  • La salive, l’urine, le sang, le mucus ou les excréments d’un animal infecté;
  • Des surfaces qui sont infectées par les germes laissés là par les animaux;
  • Un vecteur de la maladie (le moustique, par exemple);
  • De la nourriture contaminée, par exemple, en mangeant de la chair infectée qui n’a pas été bien cuite, du lait ou du jus non-pasteurisé, des oeufs crus, ou des légumes et des fruits ayant été contaminés par les fèces d’un animal infecté;
  • De l’eau qui a été contaminée par les fèces d’un animal infecté.

    Les symptômes causés par les zoonoses vont de légers à sévères, allant même jusqu’à causer la mort (Center for Disease Control, 2021).

    Un zoom sur l’histoire des zoonoses

    La première mention d’une épidémie tuant plusieurs centaines de personnes est en 1320 av. J.-C.: on décrit une maladie qui affecte les Philistins et qui fait enfler les nœuds lymphatiques, ainsi qu’une surpopulation de “souris” au même moment. On peut penser qu’il s’agit probablement de la peste bubonique, maladie zoonotique transmise par des puces portées par les rats (Hubalek et Rudolf, 2010).

    Plusieurs autres épisodes en Chine et en Europe décrivent ce qu’on pense être des épidémies de typhus et de peste, jusqu’au 14e siècle, qui voit apparaître la pandémie de peste la plus destructrice de l’Histoire. En tout, près de 50 millions de personnes y succombèrent en Europe et en Asie, laissant même plusieurs villes avec moins de la moitié de leurs habitants (Hubalek et Rudolf, 2010).

    D’autres épidémies ont suivi, puis lors de la conquête des Amériques et du trafic d’esclaves en provenance d’Afrique, la fièvre jaune s’est déclarée dans les Caraïbes (Hubalek et Rudolf, 2010).

    L’Histoire est parsemée d’épisodes de peste, de choléra, de rage et de fièvre jaune, qui semblent être les maladies les plus communes. En 1918, la célèbre grippe espagnole fait au moins 21 millions de victimes après la fin de la Première Guerre mondiale (Hubalek et Rudolf, 2010).

    Une maladie appelée le variant Creutzfeld-Jakob provient de la chair de vaches infectées par la maladie de la vache folle, dont le premier cas est déclaré en 1996, afflige des citoyens du Royaume-Uni. Ces vaches ont été nourries avec de la moulée qui contenait d’autres vaches décédées, ce qui est censé être la cause de l’épidémie (National Health System UK).

    Une épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) ou SARS-CoV qui provient probablement d’animaux vivants vendus dans des marchés, mais dont le réservoir est encore inconnu de nos jours, survient en 2002 (Cherry et Krogstad, 2004).

    La grippe aviaire H5N1, en 2005, a causé une épidémie majeure en Asie, en Europe et en Afrique; elle a une létalité de près de 60% (Poovorawan et al., 2013).

    Une pandémie de la grippe porcine H1N1 en 2009, dont plusieurs se souviendront, a été déclarée; elle avait causé 17 483 décès (Hajjar et McIntosh, 2010).

    Une épidémie d’un coronavirus appelé MERS-CoV (Middle East Respiratory Syndrome), en 2012, transmis par des dromadaires aux humains, avec une fatalité d’environ 35%, a été déclarée (Hajjar et al, 2013).

    La pandémie de Sars-CoV2, un coronavirus présumé d’origine animale, est déclarée en mars 2020. Depuis, près de 7 millions de personnes y ont succombé (Hao et al., 2022).

    Une épizootie secoue le monde aviaire depuis fin 2021: la grippe H5N1 refait apparition et menace de se transmettre aux humains, et éventuellement entre les humains. Elle a jusqu’ici fait trois décès et ne montre pas de signe d’atténuation.


Les types de zoonoses

Les zoonoses peuvent être causées par différents types de pathogènes, pratiquement tous microscopiques:
– Virus: Organisme particulièrement intrigant, le virus fait l’objet de grands débats en biologie; à la fois vivant et non-vivant, il est le chat de Schrödinger des sciences de la vie. Composé d’une capside lipidique et d’un centre protéiné, il utilise les récepteurs de membranes cellulaires de l’hôte pour envahir ses cellules et utiliser sa machinerie à ADN pour se reproduire. C’est un parasite intracellulaire obligatoire (Reece et al., 2020).

Exemples: grippe porcine, MERS, SRAS, grippe aviaire, SRAS-Cov2, rage


– Bactérie: Plus petit que la cellule, cet organisme envahit le corps de l’hôte et implante son matériel génétique dans ses cellules; elles servent alors “d’incubateurs” pour de nouvelles bactéries et se lysent (explosent) une fois remplies de petits envahisseurs. Elles peuvent également tuer des cellules afin d’obtenir des nutriments (Reece et al., 2020).


Exemples: botulisme, anthrax, salmonellose, peste, leptospirose


– Parasites: Le plus souvent sous forme animale (vers plats ou nématodes) ou protozoaire (ciliés ou apicomplexés), ces types d’infections par des organismes multicellulaires sont plus répandues dans les pays en voie d’industrialisation, puisqu’ils sont souvent transmis par l’eau non potable ou de la nourriture mal conservée (Reece et al., 2020).


Exemples: toxoplasmose, giardiase, maladie du ténia, malaria, éléphantiase


– Champignons: Organismes situés dans la même famille cellulaire que la nôtre (eucaryotes opisthocontes), les champignons sont parmi les infections les plus diverses et les plus difficiles à éliminer (Reece et al., 2020). Les infections peuvent être cutanées, sous-cutanées, ou même systémiques, et les champignons ont la capacité de changer de forme selon la température à laquelle ils sont exposés!


Exemples: teigne, ankylostomiase, histoplasmose, cryptococcose


– Prions: Ces protéines ont une mauvaise conformation et se reproduisent par elles-mêmes. Elles ne sont pas vivantes, mais sont susceptibles de causer une infection fatale de l’encéphale, puisqu’aucun traitement n’est connu à ce jour. Les prions sont transmis en mangeant la chair d’un animal infecté, particulièrement les tissus nerveux (Reece et al., 2020).


Exemple: Syndrome du variant de Creudzfeldt-Jakobs (causé par maladie de la vache folle)

Les facteurs de risque

Qu’est-ce qui augmente les chances de finalement rencontrer un pathogène qui nous tuera tous?
Notons tout d’abord qu’il s’agit ici d’un problème incroyablement complexe, qui a des centaines de facettes. On a beau tenter d’en faire la synthèse, il est difficile de capturer tous les facteurs.
Les fermes animales: Les élevages d’animaux représentent un risque important pour ce qui est des zoonoses. De plus, les animaux domestiques peuvent agir comme amplificateurs d’une maladie de la faune et la transmettre aux humains. C’est normal, étant donné que les travailleurs sont en contact constant avec des animaux, leurs excréments et leur environnement. Malgré tout, certaines pratiques rendent la cohabitation avec les animaux plus dangereuse:
– Le manque de formation sur les pratiques sanitaires lors de la manipulation d’animaux ou de leur chair (Rodarte et al., 2023);
– L’usage abusif ou inadéquat d’antibiotiques, par exemple dans le but de faire grandir les animaux d’alimentation plus rapidement ou dans un but préventif, qui crée des superbactéries résistantes aux antibiotiques communément utilisés en milieu médical. C’est surtout observé chez les oiseaux d’élevage, où l’usage non-thérapeutique d’antibiotiques a augmenté de 307% (!) depuis les années 1980 (Mellon et al., 2001; National Institute of Allergies and Infectious Diseases).
– L’intensification des dernières décennies de l’élevage industriel, qui concentre plusieurs centaines d’animaux dans de très petits espaces, est évidemment un milieu idéal qui facilite la transmission d’infections entre animaux domestiques, sauvages et humains. Non seulement cela, l’élevage industriel crée un grand effet d’amplification de virulence pour les microorganismes, à cause de l’augmentation des contacts entre animaux ainsi que de la diversité génétique basse. L’importation et la vente d’animaux à travers les pays, voire entre les pays, permet aux pathogènes zoonotiques de voyager de ferme en ferme et d’infecter plus d’animaux. Tout cela crée une probabilité plus grande de transmission aux humains, puisque plus un pathogène est transmis, plus il s’adapte, et qu’il est déjà établi que le taux de contact dans les fermes est très élevé (Hassel et al., 2016; Tomley et Shirley, 2009; Otte et Ciamarra, 2021). Ces pathogènes peuvent également avoir un taux de létalité élevé chez l’humain, comme les grippes aviaires ou les syndromes respiratoires aigus (O’Keeffe, 2022; Hajjar et al., 2013).
– L’urbanisation nous met en contact avec la faune de plus en plus souvent. Il est inévitable que comme la civilisation empiète sur le territoire original de certains animaux susceptibles à des maladies zoonotiques, ceux-ci nous les transmettent plus facilement. Cette cause est la plus probable et serait à l’origine de plus de 30% des maladies zoonotiques émergentes depuis 1960, selon le Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (IPBES). Les nouveaux pathogènes nous seraient transmis à la fois par contact direct avec la faune, par leur urine et leurs fèces qui se retrouvent dans notre environnement, et également par contact avec nos animaux domestiques, qui nous contamineraient à leur tour. Plusieurs études ont trouvé une corrélation positive entre la déforestation et l’urbanisation, et des épidémies de pathogènes zoonotiques nouveaux ou déjà connus (Slingenbergh et al., 2004).
– Le commerce et la consommation de la faune, de la même manière que l’urbanisation accrue, mettent inéluctablement les humains en contact plus fréquent avec les animaux de la faune. La consommation de viande de la faune est devenue de plus en plus populaire, et est souvent considérée comme plus saine que celle des animaux de ferme. Elle est également populaire dans les endroits du monde où peu d’autres options sont disponibles. Les animaux sauvages sont également vendus dans des marchés publics ou élevés dans des fermes légales ou illégales pour leur viande, leur laine, leur cuir ou des remèdes de médecine traditionnelle. Ces pratiques sont considérées comme étant des facteurs de risque importants pour l’émergence de nouveaux pathogènes d’origine zoonotique (Neiderud, 2014; Hassel et al., 2016).

Les solutions… y en a-t-il?


Les organisations de la santé, comme l’ONU et le CDC sont catégoriques: le SARS-Cov2 n’est pas le premier ni le dernier virus zoonotique à secouer le monde, ruinant l’économie, l’ordre social; prenant des vies humaines et animales par millions. Il est inévitable qu’avec la globalisation du transport des humains et des animaux, et l’augmentation effrénée de la population mondiale, il y ait plus de chances pour un pathogène zoonotique d’émerger. Cela étant dit, des choses peuvent être faites pour réduire celles-ci et assurer la sécurité de tous:

  • Se faire vacciner: il est essentiel de maintenir l’immunité de masse de la population et de ne pas céder à ses intuitions. Il est vrai que le taux d’infection des pays industrialisés est bas; certains en concluront que c’est parce qu’on n’a plus besoin des vaccins, mais c’est le contraire. Il est crucial de garder un haut taux de vaccination, surtout contre des pathogènes susceptibles de muter rapidement, comme la grippe ou la Covid-19. N’oublions pas, plus un pathogène se transmet, plus il y a de chances qu’il acquiert des mutations avantageuses pour lui, mais désavantageuses pour nous!
  • Éviter le contact avec la faune. Les ratons laveurs, canards, cerfs et autres animaux sauvages sont bien mignons, mais ils peuvent transporter avec eux des maladies potentiellement mortelles. On peut les observer de loin sans s’exposer à ce danger, pour le bienfait et la sécurité de tous, y compris la leur! (National Park Service, 2016)
  • Respecter les normes sanitaires pour la viande – celle des animaux sauvages en particulier – et bien la faire cuire. Il n’est pas recommandé de réutiliser des ustensiles qui ont été utilisés avec de la viande crue pour y préparer la viande cuite, et il faut toujours vérifier au restaurant que les aliments sont bien cuits.
  • Éviter la déforestation le plus possible. Comme expliqué plus haut, l’urbanisation et le changement d’utilisation des terres est l’un des facteurs les plus importants dans la transmission d’infections zoonotiques (Hassel et al., 2016). Ainsi, on peut signer des pétitions en ligne pour empêcher la déforestation, et en même temps préserver notre précieuse biodiversité!
  • Rappeler au gouvernement d’adopter des politiques anti-élevage industriel et de réguler l’utilisation d’antibiotiques en agriculture. Plus de 80% des antibiotiques produits en Amérique du Nord sont donnés aux animaux de ferme (Martin et al., 2015)! En plus d’être polluant pour l’eau et de dégager du gaz à effet de serre par quantités énormes, l’élevage industriel n’offre souvent pas de bonnes conditions de vie aux animaux domestiques.
  • Adopter l’approche One Health: la santé des humains est dépendante de celle de l’environnement et des animaux autour de nous. Soyons aussi précautionneux avec leur santé qu’avec la nôtre, car cela revient au même (MacKenzie et Jeggo, 2019)!

Bibliographie

Al Hajjar, S., Memish, Z. A., & McIntosh, K. (2013). Middle East respiratory syndrome coronavirus (MERS-COV): A perpetual challenge. Annals of Saudi Medicine, 33(5), 427–436. https://doi.org/10.5144/0256-4947.2013.427


Centers for Disease Control and Prevention. (2021). Zoonotic Diseases. Centers for Disease Control and Prevention. https://www.cdc.gov/onehealth/basics/zoonotic-diseases.html


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Hajjar, S. A., & McIntosh, K. (2010). The first influenza pandemic of the 21st Century. Annals of Saudi Medicine, 30(1), 1–10. https://doi.org/10.5144/0256-4947.59365


Hao, Y., Wang, Y., Wang, M., Zhou, L., Shi, J., Cao, J., & Wang, D. (2022). The origins of COVID‐19 pandemic: A brief overview. Transboundary and Emerging Diseases, 69(6), 3181–3197. https://doi.org/10.1111/tbed.14732


Hassell, J. M., Begon, M., Ward, M. J., & Fèvre, E. M. (2016). Urbanization and disease emergence: Dynamics at the wildlife–livestock–human interface. Trends in Ecology & Evolution, 32(1), 55–67. https://doi.org/10.1016/j.tree.2016.09.012


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Mackenzie, J. S., & Jeggo, M. (2019). The One Health Approach—why is it so important? Tropical Medicine and Infectious Disease, 4(2), 88.https://doi.org/10.3390/tropicalmed4020088


Martin, M. J., Thottathil, S. E., & Newman, T. B. (2015). Antibiotics overuse in animal agriculture: A call to action for health care providers. American Journal of Public Health, 105(12), 2409–2410. https://doi.org/10.2105/ajph.2015.302870


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NHS. (n.d.). Causes: Creudzfelt-Jakob Disease. NHS choices. https://www.nhs.uk/conditions/creutzfeldt-jakob-disease-cjd/causes/


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Rodarte, K. A., Fair, J. M., Bett, B. K., Kerfua, S. D., Fasina, F. O., & Bartlow, A. W. (2023). A scoping review of zoonotic parasites and pathogens associated with abattoirs in eastern Africa and recommendations for abattoirs as disease surveillance sites. Frontiers in Public Health, 11. https://doi.org/10.3389/fpubh.2023.1194964


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Bébé en microgravité? Pas une bonne idée! https://arn-messager.com/2023/10/bebe-en-microgravite-pas-une-bonne-idee/ https://arn-messager.com/2023/10/bebe-en-microgravite-pas-une-bonne-idee/#respond Wed, 11 Oct 2023 02:11:39 +0000 http://arn-messager.com/?p=2349 S’il y a bien une chose qui nous tient tous réveillés la nuit, c’est cette fameuse question à savoir s’il est possible d’avoir un enfant dans l’espace… Bon d’accord peut-être pas, mais cela a tout de même piqué la curiosité de certains chercheurs. Il faut savoir qu’il s’agit d’un sujet tabou pour la NASA, qui […]

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S’il y a bien une chose qui nous tient tous réveillés la nuit, c’est cette fameuse question à savoir s’il est possible d’avoir un enfant dans l’espace… Bon d’accord peut-être pas, mais cela a tout de même piqué la curiosité de certains chercheurs.

Il faut savoir qu’il s’agit d’un sujet tabou pour la NASA, qui semble mal à l’aise à l’idée de mettre l’argent des contribuables dans ce type de projet. Bien que peu discuté, ils ont évalué de grands risques pour une astronaute en voyage tels que des fausses couches, des grossesses ectopiques ou la naissance d’un bébé prématuré. Pour assurer qu’il n’y ait pas de risques de grossesse, les femmes doivent être sur la pilule contraceptive et faire un test de grossesse avant le décollage (Proshchina et al., 2021).  

Projet de la compagnie Space Life Origin qui n’a finalement pas vu le jour.

D’autres compagnies privées ont poussé les recherches de leur côté. Bien sûr, pour des raisons éthiques, il n’était pas possible de tester avec des femmes enceintes. Ils ont dû se contenter d’autres animaux tels que des poissons, des amphibiens, des oiseaux et même des rats (Ronca et al., 2014 ; Proshchina et al., 2021). Ils ont observé plusieurs problématiques d’une grossesse dans l’espace, débutant du décollage jusqu’à l’accouchement. Penchons-nous vers un problème en particulier : la microgravité.

 Alors qu’une pression gravitationnelle trop forte dû au décollage peut être problématique, l’absence de gravité, quant à elle, apporte aussi son lot de défis. Et cela commence par les parents eux-mêmes.

La microgravité entraîne des répercussions sur les niveaux hormonaux, autant pour les femelles que les mâles. Pour les femelles, le cycle œstral hormonal est perturbé, ce qui entraîne une diminution de production d’œstrogène, hormone nécessaire au bon développement fœtal (Ronca et al., 2014). De même pour les mâles, cette faible gravité entraîne une diminution testiculaire et donc de testostérone. Cette hormone permet le développement et la maturation des spermatozoïdes qui se retrouvent en moins grand nombre (Mishra & Luderer, 2019).

Au niveau du bébé, ce dernier est lui aussi affecté par la microgravité, et ce, depuis son développement en temps qu’embryon. Les premières semaines de développement sont particulièrement affectées par la gravité, en commençant par la division cellulaire tel qu’il a été observé chez des rongeurs. La mauvaise division cellulaire entraîne un nombre incorrect de cellules. La compaction du blastocyste n’est pas réalisée comme à l’habitude (Lei et al., 2019).

Développement embryonnaire d’un zygote au blastocyste. Par Aitziber Domingo Bilbao et Andrea Rodrigo.

Cela entraîne des répercussions sur tout le développement des différents systèmes. Il a été observé une malformation du cerveau avec une diminution de la matière grise. Il y a un moins grand nombre de connexions neuronales, ce qui peut affecter les transmissions synaptiques (Proshchina et al., 2021). Le système cardiovasculaire est aussi impacté en l’absence de gravité. La pression artérielle est uniformisée suite à l’élimination de la pression hydrostatique, ce qui entraîne un moins grand effort pour le cœur. Habituellement plus épaisse due à une plus grande demande pour pousser le sang à travers tout le corps, la paroi ventricule gauche se voit atrophiée (Hughson et al., 2018). Il est alors à se demander si tous les tissus seront correctement oxygénés et nourris. On s’entend que les systèmes nerveux et cardiovasculaire sont primordiaux pour le développement et la survie du bébé. Cependant, le système squelettique, endocrinien, reproducteur et plusieurs autres sont aussi affectés par la microgravité (Proshchina et al., 2021; Ronca et al., 2014).

Et si, par miracle, le fœtus réussit à se développer correctement, rien n’est encore joué. En effet, le fœtus humain a besoin de la gravité pour tourner et avoir la tête vers le bas. Sans cela, l’accouchement ne peut se faire naturellement et il faut passer par césarienne. N’ayant pas l’espace pour une salle d’opération stérile dans le vaisseau, la césarienne n’est pas réaliste. Et même si le fœtus se tourne correctement, l’accouchement sera extrêmement difficile pour la mère. Les changements gravitationnels viennent affecter les neurotransmetteurs de l’ocytocine, hormone nécessaire pour les contractions utérines (Ronca et al., 2014). Entre la baisse d’ocytocine et les muscles pelviens atrophiés par l’absence de gravité, la mère devrait pousser encore plus intensément pour expulser le bébé.  Ce problème a été observé chez des rats dans l’espace. La sortie du premier bébé, étant plus longue qu’à la normale, a bloqué le passage des autres bébés qui ont fini morts asphyxiés (Proshchina et al., 2021).  

Tous ces problèmes et plus encore démontrent la complexité d’avoir un bébé dans l’espace. Depuis la reproduction à l’accouchement, les conditions spatiales apportent leur lot d’embuches. Qui sait, peut-être arriverons-nous à contrer ces problèmes un à la fois. Mais alors viendrait un tout nouvel enjeu : dans quelles conditions pourrait vivre ce petit être?

Bibliographie

Hughson, R. L., Helm, A., & Durante, M. (2018). Heart in space: effect of the extraterrestrial environment on the cardiovascular system. Nature reviews. Cardiology15(3), 167–180. https://doi.org/10.1038/nrcardio.2017.157

Lei, X., Cao, Y., Zhang, Y. et Duan, E. (2019). Advances of mammalian reproduction and embryonic developement under microgravity. Dans E. Duan et M. Long (eds.), Life Science in Space: Experiments​ on Board the SJ-10 Recoverable Satellite (1re éd., vol. 1, p.281-315). Science Press Bejing and Springer Nature Singapore. https://doi.org/10.1007/978-981-13-6325-2_11

Mishra, B., & Luderer, U. (2019). Reproductive hazards of space travel in women and men. Nature reviews. Endocrinology15(12), 713–730. https://doi.org/10.1038/s41574-019-0267-6

Proshchina, A., Gulimova, V., Kharlamova, A., Krivova, Y., Besova, N., Berdiev, R., & Saveliev, S. (2021). Reproduction and the Early Development of Vertebrates in Space: Problems, Results, Opportunities. Life (Basel, Switzerland)11(2), 109. https://doi.org/10.3390/life11020109

Ronca, A. E., Baker, E. S., Bavendam, T. G., Beck, K. D., Miller, V. M., Tash, J. S., & Jenkins, M. (2014). Effects of sex and gender on adaptations to space: reproductive health. Journal of women’s health (2002)23(11), 967–974. https://doi.org/10.1089/jwh.2014.4915

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INITIASCIENCES : les jeunes et la science main dans la main https://arn-messager.com/2023/09/initiasciences-les-jeunes-et-la-science-main-dans-la-main/ https://arn-messager.com/2023/09/initiasciences-les-jeunes-et-la-science-main-dans-la-main/#respond Tue, 05 Sep 2023 16:17:18 +0000 http://arn-messager.com/?p=2337 Étant jeune, saviez-vous déjà que vous vouliez être biologiste? Certains oui, pour d’autres non. Il y en a qui, avec un parcours rocailleux, ont pris plus de temps à choisir ce domaine, n’ayant pas assez d’information sur le sujet pour en être encore réellement passionné. La réalité est qu’il est difficile pour un.e étudiant.e préuniversitaire […]

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Étant jeune, saviez-vous déjà que vous vouliez être biologiste? Certains oui, pour d’autres non. Il y en a qui, avec un parcours rocailleux, ont pris plus de temps à choisir ce domaine, n’ayant pas assez d’information sur le sujet pour en être encore réellement passionné. La réalité est qu’il est difficile pour un.e étudiant.e préuniversitaire d’avoir une idée claire et précise de ce qu’est le travail de scientifique, autant dans le domaine de biologie que d’autres domaines de science comme la physique ou la chimie.

C’est ainsi qu’une nouvelle approche s’est offerte aux étudiants de 3-4-5e secondaire et du cegep : InitiaSciences. Tout nouveau, InitiaSciences est une organisation de mentorat scientifique touchant à divers domaines de la science.

Leurs missions:

« Démystifier la recherche scientifique auprès des jeunes. Proposer une immersion dans le quotidien de laboratoires. Offrir un encadrement personnalisé par de jeunes chercheur.es. »

Fondé par cinq étudiant.es à la maîtrise et au doctorat en 2021, InitiaSciences a pour but d’offrir une approche immersive aux étudiant.es en participant à un projet de recherche avec un.e mentor.e. Les étudiant.es sont invités à devenir mentoré.es dans projet de laboratoire dans l’un des domaines qui leur sont offerts. Il s’agit pour eux d’une expérience unique qui leur permet d’avoir de nouveaux acquis dans le milieu de la recherche.

Envie de participer au projet?

Chaque année, InitiaSciences recrute des étudiant.es à la maîtrise et doctorat qui prendront des mentoré.es sous leur aile. Du mois d’octobre à juin, les mentor.es travailleront avec les jeunes deux fois par semaine durant une période de deux heures. Bien que le.la mentor.e doive assurer un accompagnement plus rapproché dans les premières semaines, l’organisation souhaite travailler l’autonomie des mentoré.es. Ainsi, les mentor.es font un suivi une journée sur deux au bout de quelques semaines d’adaptation.

En plus de développer de nouvelles habiletés (vulgarisation scientifique, enseignement, gestion d’équipe, …), les mentor.es reçoivent une compensation financière grâce aux partenaires d’InitiaSciences. Que demander de mieux?

InitiaSciences a déjà leurs mentor.es pour 2023-2024, mais vous pouvez toujours vous inscrire pour 2024-2025. Pour en savoir plus sur le projet, vous pouvez aussi aller visiter leur site internet :

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Se réchauffer l’hiver à la manière des manchots https://arn-messager.com/2023/05/se-rechauffer-lhiver-a-la-maniere-des-manchots/ https://arn-messager.com/2023/05/se-rechauffer-lhiver-a-la-maniere-des-manchots/#respond Tue, 02 May 2023 03:08:14 +0000 http://arn-messager.com/?p=2332 Les manchots empereurs (Aptenodytes forsteri) sont des oiseaux endémiques du continent le plus froid de la planète : l’Antarctique. La morsure de l’hiver austral peut être très rude allant de -40 à -60 °C et même parfois au-delà. En effet, il a déjà été recensé des températures extrêmes plafonnant les -90°C 1 Mais comment arrivent-ils à […]

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Photo d’un groupe d’environ 2500 mâles à Pointe Géologie. (Gilbert et al., 2006)

Les manchots empereurs (Aptenodytes forsteri) sont des oiseaux endémiques du continent le plus froid de la planète : l’Antarctique. La morsure de l’hiver austral peut être très rude allant de -40 à -60 °C et même parfois au-delà. En effet, il a déjà été recensé des températures extrêmes plafonnant les -90°C 1 Mais comment arrivent-ils à survivre aux hivers extrêmes de l’Antarctique sans manteaux ni gants ?

Les manchots empereurs sont des oiseaux ayant la particularité d’être sociaux ; vivants en colonies dans les grandes étendues blanches de l’Antarctique. Outre des adaptations au niveau de leur plumage et de leur physiologie permettant une meilleure isolation et production de la chaleur2, les manchots ont développé une technique infaillible, usant de cette sociabilité pour se tenir chaud sans effort durant les hivers extrêmes : se faire un grand câlin. En effet, ils vont se coller les uns aux autres en un regroupement appelé « tortue »3 pour garder la chaleur emmagasinée de leur corps et formant ainsi un amas de plusieurs centaines – voire milliers – d’individus. Ces périodes peuvent varier d’une à plusieurs fois par jour, et ce, allant de plusieurs minutes à plusieurs heures pour combattre la thermolyse4. Une étude a chronométré une période maximale d’environ 12h et observé que ce comportement se retrouvait surtout durant la nuit, presque omniprésente à cette période où le froid est le plus intense5.

Les juvéniles et les manchots les plus vulnérables au froid sont gardés au centre du cercle où la chaleur est la mieux isolée et la plus intense. En périphérie, là où l’isolement du froid est moindre, les adultes les plus résistants font des rotations pour avoir un accès égalitaire à la chaleur. Ce comportement appelé la thermorégulation sociale est une adaptation au froid polaire permettant un gain d’énergie, mais aussi la possibilité d’une reproduction rapide et d’une meilleure incubation des œufs durant l’hiver5. Eh oui ! Les manchots sont les seuls oiseaux à avoir leur période de reproduction durant cette saison5 ce qui ne rend pas la tâche facile. Ce sont les mâles qui vont principalement s’occuper de l’incubation des œufs pendant une durée maximale de 134 jours en attendant que la femelle revienne avec de la nourriture6. Ainsi le succès reproducteur va fortement dépendre de la capacité des mâles à utiliser économiquement leur énergie5. De ce fait, pour une incubation optimale, celle-ci doit se faire à une température d’au moins 35 °C afin de mener à bien le développement embryonnaire5. Individuellement, maintenir une température corporelle constante d’au moins 35°C nécessite beaucoup d’énergie métabolique, et ce, au détriment d’une descendance viable. La thermorégulation sociale confère donc un avantage considérable à la reproduction des manchots empereurs. En effet, ils peuvent augmenter leur température corporelle en passant de 20°C à 37.5 °C en moins de 2h, soit d’une température qui va fortement se rapprocher du standard aviaire5 qui plafonne les 40 °C malgré le froid extrême. Ainsi, on a une meilleure allocation de l’énergie dans la qualité de production des descendants plutôt que dans la régulation thermique corporelle individuelle sans effort supplémentaire, simplement en travaillant en équipe !

De prime abord ce comportement semble simple et intuitif, mais selon les scientifiques celui-ci est bien plus complexe que ce qu’il en a l’air et manque cruellement d’études en profondeur sur comment « réussissent[-ils] à prodiguer un environnement tropical dans l’un des plus froids de la planète Terre » ?5

Donc si vous avez froid pendant l’hiver, vous connaissez le tip : faites-vous des huggs !

Image: de Samuel Blanc

Bibliographie

[1] Gilbert, C., Maho, Y. L., Perret, M., & Ancel, A. (2007). Body temperature changes induced by huddling in breeding male emperor penguins. American Journal of Physiology-Regulatory, Integrative and Comparative Physiology, 292(1), R176‑R185. https://doi.org/10.1152/ajpregu.00912.2005

[2] NASA. (2013, dec). NASA-USGS Landsat 8 Satellite Pinpoints Coldest Spots on Earth. https://www.nasa.gov/content/goddard/nasa-usgs-landsat-8-satellite-pinpoints-coldest-spots-on-earth

[3] Gilbert, C. (2006). Le comportement de thermorégulation sociale : Son importance pour l’économie d’énergie (Doctoral dissertation, Strasbourg 1).

[4] Pouydebat, E. (2018) Atlas de zoologie poétique. Arthaud-Flammarion.

[5] Gilbert, C., Robertson, G., Lemaho, Y., Naito, Y., & Ancel, A. (2006). Huddling behavior in emperor penguins : Dynamics of huddling. Physiology & Behavior, 88(4‑5), 479‑488. https://doi.org/10.1016/j.physbeh.2006.04.024

[6] Richter, S., Gerum, R., Winterl, A., Houstin, A., Seifert, M., Peschel, J., Fabry, B., Le Bohec, C., & Zitterbart, D. P. (2018). Phase transitions in huddling emperor penguins. Journal of Physics D: Applied Physics, 51(21), 214002. https://doi.org/10.1088/1361-6463/aabb8

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33ème Symposium des sciences biologiques: Nouveau regard sur le vivant vers une subjectivisation des pratiques en biologie https://arn-messager.com/2023/03/33eme-symposium-des-sciences-biologiques-nouveau-regard-sur-le-vivant-vers-une-subjectivisation-des-pratiques-en-biologie/ https://arn-messager.com/2023/03/33eme-symposium-des-sciences-biologiques-nouveau-regard-sur-le-vivant-vers-une-subjectivisation-des-pratiques-en-biologie/#respond Thu, 30 Mar 2023 13:30:10 +0000 http://arn-messager.com/?p=2316 C’était il y a deux semaines qu’a eu lieu notre 33ème symposium des Sciences Biologiques sur le thème : Nouveau regard sur le vivant : vers une subjectivisation des pratiques en biologie et nous avons l’honneur de vous en donner un aperçu.  Mais qu’est-ce qu’un symposium ? L’AÉCBUM (Association des étudiants-chercheurs en biologie de l’Université […]

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C’était il y a deux semaines qu’a eu lieu notre 33ème symposium des Sciences Biologiques sur le thème : Nouveau regard sur le vivant : vers une subjectivisation des pratiques en biologie et nous avons l’honneur de vous en donner un aperçu. 

Mais qu’est-ce qu’un symposium ? L’AÉCBUM (Association des étudiants-chercheurs en biologie de l’Université de Montréal) propose chaque année un événement de deux jours dans le but de mettre en avant les recherches et projets des étudiant.e.s de sciences biologiques de l’Université de Montréal. Durant la cérémonie, plusieurs activités ont été au rendez-vous : affiches et présentations étudiantes et professionnelles ainsi que quatre conférences et une table ronde, accompagnées de repas et cocktails pour inaugurer l’événement. 

Affiches étudiantes présentées dans l’agora du campus MIL de l’Université de Montréal. Photo: par Elora Edon

La cérémonie s’est ouverte jeudi 16 mars 2023, avec un mot de bienvenue et la mention des terres partagées et non cédées des nations Kanien’kehá: ka (Mohawk) et Haudenosaunee (O-di-no-sho-ni) du pavillon MIL, mais aussi Anishinaabe (algonquin) et Omàmiwinini (algonquin)  de la station de biologie des Laurentides. 

La toute première conférence de ce symposium a été donnée par Frédéric Bouchard, philosophe et doyen du Département des arts et des sciences. Durant sa présentation,  il a mis en avant la philosophie des sciences en nommant Sebright, Darwin, Lewontin ou encore Van Valen. Mais il a également remis en question les définitions et les hypothèses scientifiques pouvant être biaisées par la perspective humaine et la part d’esthétique dans celles-ci.

Conférence  de Frédéric Bouchard,  Doyen de la faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal. Photo: par Elora Edon

Place ensuite aux affiches scientifiques de nos étudiant.e.s biologistes exposées dans l’agora du campus MIL présentant leurs thématiques de recherches. Et pour illustrer cela, voici quelques étudiant.e.s ayant pris la pose pour nous : 
C’est avec beaucoup d’intérêt que nous avons entendu Érik L’Heureux présenter un sujet de recherche découvert par hasard pendant une étude de terrain de Joëlle Lafond, une étudiante en doctorat de sciences biologiques de L’Université de Montréal : l’apparition d’une limace exotique envahissante au Canada du nom de Arion vulgaris. C’est un projet à part de son doctorat traitant aussi du complexe* de  limaces Arion.

Érik L’Heureux et son affiche. Photo: par Elora Edon

Nous avons eu le plaisir d’entendre Mathilde Robitaille présenter son projet de maîtrise sur l’impact des tordeuses de bourgeons d’épinette et les répercussions sur l’habitat du caribou. Après avoir fini son échantillonnage sur le terrain cette année, Mathilde a entamé ses analyses pour évaluer les effets et les relations empiriques

Mathilde Robitaille et son affiche. Photo: par Elora Edon

Notre ancien rédacteur en chef de l’ARN messager nous a fait le plaisir de nous présenter un projet très intéressant auquel il a participé, exposant l’apparition de gradient chez Arabidopsis thaliana au niveau de la formation du gynoecium, l’organe reproducteur femelle de la plante.

Elvis Branchini et  son affiche. Photo: par Elora Edon

Sans oublier toutes les belles affiches et les projets plus qu’intéressants des étudiants Tommy Pepin, Hyunmo Koo, Félix Lamarche, Vincent Mélançon, Laurie Touchette, Andréa Serres, Théophile Kabasele Walelu, Alizée Debelli, Viraj Alimchandani, Juliane Vigneault, Hajar Hosseini Khorami, Marie-Christine Lafrenière, Thierry Choquette, Sofia Sabbagh, Rudy Lussiez, Ludovic Nadeau-Lachance avec Sophie Breton, Bastien Rubin, Marianne Hubert et Ariane Pouliot-Drouin. 

Le vendredi 17 mars, la cérémonie a battu son plein en commençant par le déjeuner suivi de l’ouverture de celle-ci avec la conférence de Charles Darveau, professeur de biologie et de physiologie du Département de biologie de l’Université d’Ottawa. Celui-ci nous a exposé les grands débats de l’allométrie et la part des taux métaboliques au cœur de cette discussion. 

Les présentations des étudiant.e.s ont débuté sur le thème de  l’épigénétique données par Maeva Perez, Émélie Leroux et Joëlle Lafond. En parallèle, des présentations sur la morphogenèse et la croissance végétale nous ont été données par Laura Michell Carmona Rojas, Constance Le Gloanec et Elvis Branchini. 

La deuxième partie des présentations matinales consistaient au parasitisme et à la biologie animale avec Alexandre Michaud, Ariane Côté, Jérémy De Bonville et Blanche Colonna. Simultanément, l’écologie végétale était présentée par Jérôme Burkicwicz, Antoine Caron-Guay, Myriam Cloutier et Étienne Lacroix-Carignan.

Présentation orale d’Étienne Lacroix-Carignan. Photo: par Étienne Léveillé-Bourret

Ce dernier nous a offert une prestation énergique et enrichissante sur les Carex, petites plantes dont on ne prête pas assez attention malgré leur omniprésence dans plusieurs types de milieux.

L’heure du dîner ensuite passée, une visioconférence s’est tenue par Jan Sprenger, professeur de logique et de philosophie des sciences au Département de philosophie et d’éducation de l’Université de Turin. Il nous a exposé les inférences bayésiennes où l’objectivité et la subjectivité se rencontrent. 

Une dernière visioconférence a été présentée par Alan Cohen, professeur du Département de médecine familiale de l’Université de Sherbrooke ainsi que membre du Centre de recherche sur le vieillissement et du Centre de recherche clinique. Celui-ci a pu discuter des dynamiques des systèmes complexes en biologie avec nous. 

Puis les dernières présentations étudiantes ont eu lieu sur le thème de la neurobiologie, biologie cellulaire et biologie moléculaire présentées par Yahia Yassine Belkacemi avec Solène Hospital, Neïla Yahiaoui avec Hélène Frida Simo et John Maged Latif Wahba, Amy Campbell, Julie Chastel et David Morse ainsi que sur les sols, les sédiments et les cellules végétales données par Jessyca Guénette, Andrew Blakney, Mohammad Sahil Haque, Deshpande Mandar, Charlie Boutin et Jasmine Ouellet.

En fin de journée, une séance de table ronde a été entamée avec comme invité.e.s Sandra Ann Binning et François-Joseph Lapointe, professeurs du Département de sciences biologiques de l’Université de Montréal, Christophe Malaterre, professeur au Département de philosophie de l’Université du Québec à Montréal et Charles Darveau. Il nous ont offert une très belle discussion sur la part de subjectivité au sein des sciences ainsi que la part de vérité derrière les recherches qui doit être considérée avec impartialité et transparence.

Table ronde en compagnie de Charles Darveau, François-Joseph Lapointe, Sandra Ann Binning, Christophe Malaterre et Francis Robitaille (membre du comité organisateur du 33ème symposium) de gauche à droite. Photo: par Elora Edon

Pour couronner ce symposium, le comité a déclaré les gagnant.e.s des affiches étudiantes ainsi que des présentations orales. Nous avons eu le plaisir de féliciter : Thierry Choquette et Julianne Vigneault pour leur belles affiches ; Arianne Côté et Joëlle Lafond pour leurs présentations orales passionnantes.

De gauche à droite: Thierry Choquette, Julianne Vigneault, Arianne Côté et Joëlle Lafond ayant reçu des prix pour leur projet. Photo: par Elora Edon

Le 33ème Symposium du Département des sciences biologiques de l’Université de Montréal s’est terminé avec un souper et un cocktail de clôture. 

En résumé, entre parasitisme, transcription des gènes, intelligence artificielle, otaries ou encore Carex, le symposium a su nous montrer plusieurs facettes de la subjectivité en sciences, plus particulièrement en biologie. 

Merci encore à tout.e.s celleux présent.es et surtout à l’AÉCBUM pour cet évènement très enrichissant pour les participant.e.s comme pour les spectateur.ice.s. 

Les symposiums donnent de bonnes opportunités aux étudiant.e.s comme aux professionnel.lle.s de partager leurs connaissances et leur passion pour la biologie. Ceci est aussi une opportunité de discuter avec eux pour en savoir plus sur peut-être une nouvelle passion qui sait ? Donc si vous êtes curieux.euses, rendez-vous au prochain symposium des sciences biologiques !

*En biologie, un complexe est généralement un groupe d’organismes souvent apparentés où les distinctions morphologiques sont peu évidentes.

Références : 

Graphisme du symposium : Tanya Strydom

Livret du 33ème symposium de sciences biologiques de l’Université de Montréal :https://drive.google.com/file/d/1Mw1jaLMpfaVu_Rb5KUMiA-1y7e09DDKh/view

Articles publiés des étudiant.e.s

Chrétien, E., De Bonville, J., Guitard, J., Binning, S. A., Melis, É., Kack, A., Côté, A., Gradito, M., Papillon, A., Thelamon, V., Levet, M., & Barou-Dagues, M. (2022). Few studies of wild animal performance account for parasite infections: A systematic review. The Journal of animal ecology, 10.1111/1365-2656.13864. Advance online publication. https://doi.org/10.1111/1365-2656.13864

Gómez-Felipe, A., Marconi, M., Branchini, E., Wang, B., Bertrand-Rakusova, H., Stan, T., … & Kierzkowski, D. (2023). Competing differentiation gradients coordinate fruit morphogenesis. bioRxiv, 2023-01. https://doi.org/10.1101/2023.01.19.524793


L’Heureux, É., Lafond, J., & Angers, B. (2023). First record of the invasive slug Arion vulgaris Moquin-Tandon, 1885 (Gastropoda, Stylommatophora, Arionidae) in Quebec (Canada). BioInvasions Records, 12(1), 136-150. 10.3391/bir.2023.12.1.12

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Un combat de coquille – les Bernard l’hermite https://arn-messager.com/2023/03/un-combat-de-coquille-les-bernard-lhermite/ https://arn-messager.com/2023/03/un-combat-de-coquille-les-bernard-lhermite/#respond Wed, 22 Mar 2023 23:21:55 +0000 https://arn-messager.com/?p=2309 Les Bernard-l’hermite (ou Bernard l’ermite) sont des crustacés reconnus pour le fait de porter une coquille de Gastéropode sur leur dos, d’où provient leur nom “ermite”. Ce sont des invertébrés décrits par Latreille en 1802 et ils font partie de la famille des Paguridae appartenant au règne Animalia. Ces crustacés vivent dans les milieux d’eau […]

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Les Bernard-l’hermite (ou Bernard l’ermite) sont des crustacés reconnus pour le fait de porter une coquille de Gastéropode sur leur dos, d’où provient leur nom “ermite”. Ce sont des invertébrés décrits par Latreille en 1802 et ils font partie de la famille des Paguridae appartenant au règne Animalia. Ces crustacés vivent dans les milieux d’eau salée, dans les mers et les océans 1

Les bernard-l’hermite possèdent un exosquelette sauf au niveau de l’abdomen qui est mou et sans calcification, ce qui les obligent à vivre avec des coquilles de gastéropodes. Leur abdomen s’enroule à l’intérieur de la coquille pour se protéger 2. En plus de la protection de l’abdomen, cela peut aussi les protéger de certains prédateurs tels que les oiseaux ou encore les poissons. De plus, les femelles peuvent transporter des œufs qui vont être aussi protégés par la coquille 3. Cela les protège aussi des combats avec des congénères qui peuvent avoir lieu. Ainsi, la coquille est une nécessité pour la survie des bernard-l’hermite.

Trouver la bonne coquille pour le bernard-l’hermite est donc une activité nécessaire à sa prospérité. En effet, les bernard-l’hermite ont tendance à grossir avec le temps, notamment à chaque mu de leur exosquelette. Ainsi, renouveler leur coquille est important pour eux ou alors ils vont chercher à changer de coquille si la leur est abîmée. Ils vont alors se mettre à la recherche d’une coquille de taille ou de qualité appropriée. 

En premier lieu, les bernard-l’hermite vont utiliser leur sens afin de trouver des coquilles de gastéropodes décédés. Ils ont des récepteurs sensoriels développés et utilisent aussi  l’odorat. Les yeux vont aussi jouer un rôle dans la recherche, car ceux-ci possèdent des milliers d’ommatidies qui sont des structures de l’œil permettant la vision 2

Ensuite une fois la coquille trouvée, la sélection de celle-ci se fait généralement en fonction du poids du bernard-l’hermite qui va évaluer l’intérieure et l’extérieure de la coquille à l’aide de ses membres articulés et de ses récepteurs. Certaines espèces vont avoir des préférences dans le choix de leur coquille que ce soit au niveau de leur forme, leur couleur ou l’espèce de gastéropode par exemple  4

En second lieu, le bernard-l’hermite va éviter de se retrouver face à une coquille abîmée. Certains vont même préférer une coquille plus petite qu’une coquille abîmée, car les coquilles abîmées vont mettre à risque les bernard-l’hermite. En effet, cela peut entraîner un risque plus important de mortalité chez les prédateurs, une diminution de mobilité, un  désavantage important face à la compétition et plus de chance de perdre les combats de coquille de bernard-l’ermite, mais réduit aussi le fitness, la capacité de reproduction (soit la fécondité) et le métabolisme. De ce fait, une coquille abîmée réduit grandement les chances de survie des bernard-l’hermite dans leur habitat aquatique et terrestre 1

À l’heure actuelle, la pollution dans les milieux marins affecte les bernard-l’hermite face à la recherche et la récolte d’informations qu’ils peuvent faire vis-à-vis des coquilles. Certaines études récentes démontrent une réduction de la réponse cognitive face à la prise de décision de changer de coquille dû aux plastiques 5. De ce fait, le fitness des bernard-l’hermite se voit affecté et pourrait causer des problèmes dans leur population dans les années à venir 6.

En troisième lieu, il est à noter que la coquille est un facteur limitant dans la biologie des bernard-l’hermite. En effet, la coquille qu’ils portent sur leur dos appartient à des gastéropodes décédés et cela peut les contraindre à initier des combats contre leurs pairs si la quantité de coquilles présentes dans l’environnement est faible 4.
Les bernard-l’hermite vont initier un combat avec leurs congénères pour différentes raisons, mais souvent celles-ci vont être dues au fait que l’attaquant souhaite récupérer la coquille que possède son adversaire ou d’évaluer la qualité de sa coquille qui se dénomme le “potentiel de détention de ressource” (soit “resource holding potential”en anglais, abrégé en RHP dans la documentation scientifique). Ainsi, plusieurs décisions vont être prises en compte par les deux partis comme nous pouvons le voir dans les figures ci-dessous 7.

Fig 1. Les décisions prises par le bernard-l’hermite attaquant pendant le combat de coquille et les facteurs affectant ces décisions (Dowds et Elwood, 1983).
Fig 2. Les décisions prises par le bernard-l’hermite défenseur pendant le combat de coquille et les facteurs affectant ces décisions (Dowds et Elwood, 1983).

En général, la taille des bernard-l’hermite va différer lors des combats, car un des congénères sera souvent plus grand que son adversaire selon le principe qu’ils cherchent à changer de coquille dû à leur croissance. Cependant, cette taille va être influencée par la taille des ressources disponibles dans leur environnement. Un bernard-l’hermite ayant vécu dans un milieu avec plus de ressources aura tendance à être plus gros qu’un bernard-l’hermite n’ayant pas eu ces opportunités 8. De plus, la taille du bernard-l’hermite va influencer sa capacité à réaliser toutes les étapes de combats : le pré-combat, le combat, l’éviction de l’adversaire de sa coquille et l’évaluation de la coquille du perdant avant et après son éviction. Un bernard-l’hermite plus gros et en meilleure santé aura plus de chance de gagner le combat 8.

Lors du combat, l’attaquant va évaluer la coquille de celui qu’il veut battre. Le défenseur va alors se rétracter dans sa coquille le temps que celui-ci soit inspecté. Le défenseur est alors en désavantage, car l’attaquant possède plus d’informations, notamment vis-à-vis de sa coquille et celle de son adversaire. Souvent, on dénote que les bernard-l’hermite avec des coquilles de mauvaise qualité ou abîmées vont être ceux initiant souvent l’évaluation d’une coquille et d’un potentiel combat étant donné le gain généralement plus important 8.

L’attaquant va alors essayer d’attraper les appendices de sa victime pour le forcer à sortir ou même faire basculer la coquille. Le défenseur risque de subir des dommages physiques, manquer d’oxygène ou encore être désorienté dû au combat 8.Le vainqueur va ensuite décider si, oui ou non, la coquille gagnée lui convient. Si c’est le cas, il change de coquille, car celle-ci lui permettra probablement un meilleur fitness. Si elle ne lui convient pas, le bernard-l’hermite gagnant peut décider de retourner dans sa propre coquille après inspection 8. Ainsi, se termine le combat d’un bernard-l’hermite !

Bibliographie

[1] McLaughlin, P. & Türkay, M. (2011). Lemaitre R, McLaughlin P. “Paguroidea”. World Paguroidea & Lomisoidea database. World Register of Marine Species. https://www.marinespecies.org/aphia.php?p=taxdetails&id=106738

[2] Suárez-Rodríguez, M., Kruesi, K., & Alcaraz, G. (2023). Hermit crabs use vision, olfaction, and eavesdropping to detect potentially available gastropod shells on a natural rocky shore. Journal of Experimental Marine Biology and Ecology, 559, 151836. https://doi.org/10.1016/j.jembe.2022.151836

[3] Hazlett, B. A. (1981). The Behavioral Ecology of Hermit Crabs. Annual Review of Ecology and Systematics, 12(1), 1-22. https://doi.org/10.1146/annurev.es.12.110181.000245

[4] Hahn, D. R. (1998). Hermit crab shell use patterns : Response to previous shell experience and to water flow. Journal of Experimental Marine Biology and Ecology, 228(1), 35-51. https://doi.org/10.1016/S0022-0981(98)00002-1

[5] Crump, A., Mullens, C., Bethell, E. J., Cunningham, E. M., & Arnott, G. (2020). Microplastics disrupt hermit crab shell selection. Biology Letters, 16(4), 20200030. https://doi.org/10.1098/rsbl.2020.0030

[6] McDaid, A., Cunningham, E. M., Crump, A., Hardiman, G., & Arnott, G. (2023). Does microplastic exposure and sex influence shell selection and motivation in the common European hermit crab, Pagurus bernhardus? Science of The Total Environment, 855, 158576. https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2022.158576

[7] Dowds, B. M., & Elwood, R. W. (1983). Shell wars : Assessment strategies and the timing of decisions in hermit crab shell fights. Behaviour, 85(12), 1-24. https://doi.org/10.1163/156853983X00011

[8] Dowds, B. M., & Elwood, R. W. (1985). Shell wars II : The influence of relative size on decisions made during hermit crab shell fights. Animal Behaviour, 33(2), 649-656. https://doi.org/10.1016/S0003-3472(85)80088-9

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