La plus grande priorité des compagnies pétrolières : la protection de lâenvironnement et de la santé
Lâenvironnement et la santé, mais quâest-ce que câest? Question légitime que certain-e-s devraient se poser, apparemment, encore aujourdâhui. Les projets dâexploitation pétrolière provoquent dâimportants impacts sur la santé et lâenvironnement. Vraiment? Pourtant, selon les dires des deux compagnies sur leur site web respectif : « La grande priorité dâEnbridge porte sur la protection du public et de lâenvironnement, incluant nos cours dâeau. » et TransCanada a soi-disant mené des « études techniques et environnementales poussées ». Ãa ne les a pas empêché malgré tout de déposer leur projet à lâOffice national de lâénergie (ONÃ)… Bref.
La première partie de ce dossier démontre que la culture de déviance de ces compagnies pétrolières entraîne nécessairement une élévation des risques de déversement. Au fil du temps, cette tendance ne fait quâaugmenter. Donc, qui dit risques élevés de déversements dit impacts sur lâenvironnement et sur la santé.
La santé, câest pour les excentriques!
Selon le rapport conjoint de lâAQLPA et Greenpeace Canada sur les projets de transport pétrolier, les effets à court terme des déversements pétroliers sur les populations comprennent des: « difficultés respiratoires, maux de tête et de ventre, sensations de brûlure au nez, à la peau et aux yeux, inconfort, fatigue extrême etc. » Dâautres types dâeffets sur la santé, comme « des cas de cancers, des troubles neurologiques ou des atteintes au système reproducteur, se révèlent bien des années après lâexposition aux contaminants. » Seulement sur le parcours de la ligne 9B, on rencontre 18 communautés autochtones et pas moins de 9 millions dâhabitants. Quant à lâoléoduc Ãnergie Est, il passe, entre autres, par les trois plus grandes agglomérations du Québec. En termes de population à risque, câest plutôt inquiétant.
Bien évidemment, ce ne sont pas que les déversements qui participent de façon importante à la dégradation de notre santé et de lâenvironnement, mais bien tout le processus de lâexploitation pétrolière (câest-à -dire son extraction, en passant par son transport et son raffinage jusquâà sa consommation).
Le bilan des effets du raffinage sur la santé est aussi déplorable que celui des déversements. Certains contaminants atmosphériques produits par le raffinage sont dommageables pour le système respiratoire et empirent des problèmes déjà présents, comme lâasthme ou les problèmes cardio-respiratoires. Certains contaminants peuvent causer la réduction de « la capacité dâexercice physique, la perception visuelle, la dextérité manuelle, les fonctions dâapprentissage et lâaptitude à accomplir des tâches complexes. » (Rapport de lâAQLPA et Greenpeace, p.24) Certains composants du smog générés par le raffinage sont très nocifs pour la santé, provoquant des décès prématurés et des hospitalisations ainsi que lâaugmentation des risques de cancer du poumon et de maladie coronarienne. Il ne faut pas oublier aussi de mentionner que ces mêmes contaminants sont responsables de mutations génétiques et dâatteintes au système nerveux. Et par-dessus tout, une intoxication grave au monoxyde de carbone, présent dans les contaminants atmosphériques suite au raffinage, peut mener à la mort, toujours selon le rapport de lâAQLPA et de Greenpeace.
Bref, bien que très peu exhaustifs, ces effets sont suffisants pour démontrer lâampleur des dégâts que provoque lâexploitation pétrolière chez lâhumain.
Lâenvironnement : un sujet délétère pour les compagnies pétrolières
Pour ce qui est des dégâts environnementaux, le projet dâEnbridge causerait la coupe à blanc de 11 500 hectares de forêt boréale en Alberta selon lâInstitut de recherche et dâinformations socio-économiques (IRIS). Résultats : anéantissement total des écosystèmes locaux et appauvrissement substantielle de la qualité de lâair et de la santé locales. Aucune donnée nâest encore disponible sur ce point pour ce qui est du projet de TransCanada, mais il est facile de réaliser lâampleur des coupes forestières au Canada que ce projet occasionnera, en considérant que la totalité du tronçon qui traverse le Québec et le Nouveau-Brunswick est à construire.
Une autre étape de lâexploitation pétrolière, le raffinage, produit aussi à elle seule les effets suivants :
- Formation des pluies acides
- Acidification des écosystèmes aquatiques et terrestres
- Détérioration des forêts
- Effets négatifs sur les cultures et le rythme de croissance des végétaux
- Formation de lâozone troposphérique (un des principaux constituants du smog)
- Destruction de la couche dâozone
- Augmentation de lâeffet de serre
- Détérioration des matériaux et des ponts ou viaducs â¦
- Etc.
Et le fait de raffiner du pétrole provenant des sables bitumineux ne fait que multiplier ces effets. Par exemple, la production de gaz à effets de serre triple lors du raffinage dâun baril de pétrole bitumineux comparativement à un baril de pétrole conventionnel. Lâaugmentation prévue par Enbridge du débit de la ligne 9 à 300 000 barils par jour équivaut à ajouter 1 650 000 voitures de plus sur nos routes, selon lâIRIS. Si on ajoute à cela les 1,1 million de barils de pétrole par jour de lâoléoduc Ãnergie Est, qui correspondent à 7 millions de voitures de plus au dire de lâorganisme Ãquiterre, on ne peut que décrier le non-sens de la concrétisation de ces projets. Déjà , lâAlberta fait partie, selon lâIRIS, « des juridictions ayant les pires bilans au monde en termes dâémissions de GES par habitant·e » ⦠Avec ces projets dâexpansion de lâexploitation des sables bitumineux, on pourrait assister en 2020, selon Environnement Canada, à une augmentation de 700% des émissions par rapport à celles de 1990!
Et ce nâest pas fini! Un sous-produit du raffinage, le coke de pétrole, est utilisé comme alternative au charbon en tant que source énergétique dans, entre autres, les cimenteries et lâindustrie de la métallurgie. Celui-ci serait, selon les affirmations dâEnvironnement Canada, « un des combustibles fossiles les plus polluants en termes dâémissions de CO2. » Il correspond à 15 à 30 % du raffinage dâun baril de bitume, soit une différence nettement supérieure avec les barils de pétrole conventionnel. Lâacheminement du pétrole des sables bitumineux albertains vers Montréal rime avec la construction dâune unité de cokéfaction par Suncor. Lâaugmentation de la production de coke de pétrole constitue donc une autre intensification substantielle des émissions de gaz à effet de serre.
Dans un contexte où la réduction des émissions est primordiale pour lâavenir de notre planète, il est complètement aberrant dâassister à ce recul historique en matière dâenvironnement de la part du Canada. Alors que la Banque mondiale (oui, oui, la Banque mondiale!) appelle les pays qui sont en mesure de le faire à se pencher de manière drastique sur la réduction de leurs émissions respectives, ce recul devient encore plus incompréhensible.
Le port pétrolier à Cacouna : glorification de la vie marine
Comme mentionné dans la description de son projet, TransCanada prévoit lâétablissement dâun port pétrolier à Cacouna, dans le fleuve St-Laurent, au même niveau que le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent. Dans leur propre dossier, la compagnie affirme que les travaux sâeffectueraient directement dans lâhabitat critique des bélugas. Pourtant, Pêches et Océans Canada a tout de même approuvé les travaux de forages de la compagnie, sans même « soumettre le projet à ses propres scientifiques pour quâils évaluent les risques. » (De la Chenelière) Encore une fois, ce comportement fait transparaître le je-mâen-foutisme aigu envers lâenvironnement de cette compagnie et demeure une complète aberration.
De plus, la communauté scientifique a émis un constat des plus alarmants quant aux bélugas du Saint-Laurent : la population est en déclin majeur depuis le début des années 2000 et subit un taux croissant de mortalité chez les nouveau-nés, aggravant cette baisse. Ãtant donné que lâhabitat critique du béluga correspond à lâhabitat minimum requis pour garantir la sauvegarde de cette espèce, les travaux de TransCanada mettent grandement en péril sa survie. En effet, « le bruit puissant amène le béluga à éviter l’habitat, qui ne peut alors remplir ses fonctions essentielles; l’accès à la nourriture et aux habitats de qualité est primordial pour permettre aux femelles de compléter avec succès leur gestation et de prendre soin de leur nouveau-né; le bruit pourrait aussi affecter les poissons, sources de nourriture des bélugas. » (De la Chenelière)
Lâexemple des bélugas nâest donc que le reflet des effets des travaux de TransCanada sur la communauté marine. En effet, le Saint-Laurent constitue un écosystème unique et précaire et est bien plus que le seul habitat des bélugas. Il joue le rôle de site de reproduction, de croissance et de migration pour des centaines dâespèces marines. Dâautres espèces sont dâailleurs menacées : câest le cas, parmi plusieurs autres, de la morue franche, du rorqual bleu (en voie de disparition) et commun, du garrot dâIslande et de la tortue luth. Comparativement aux océans, le Saint-Laurent est un écosystème assez « fermé » et composé de courants marins complexes. Un déversement pétrolier serait des plus désastreux pour sa vie marine et côtière, beaucoup plus quâen haute mer, et ce à long terme. Le déversement pétrolier de lâExxon Valdez en 1989 sur les côtes de lâAlaska en est un exemple flagrant.
De plus, lâétablissement dâun port pétrolier va de pair avec une augmentation du nombre de navires pétroliers dans le Saint-Laurent. Cela rime bien évidemment avec une hausse du bruit sous-marin, des risques de collision, de contamination par les hydrocarbures et de déversements. Cette hausse du trafic maritime, déjà important, engendre des conséquences néfastes chez les espèces, dont lâaugmentation de traumatismes et des risques de mort.
Malgré une forte opposition, TransCanada a tout de même persisté à conserver le port pétrolier de Cacouna dans son projet, sans égard pour toutes les espèces marines du secteur. Le 23 septembre, la Cour supérieure a postulé en défaveur des travaux de la compagnie. Selon la Cour, TransCanada ne respecte pas les normes relatives à son contrat dâautorisation concernant le bruit et la préservation des bélugas. Bien évidemment, lâenjeu est bien plus important que les préoccupations soulevées par ce jugement, mais câest tout de même un début. Vu lâincapacité de TransCanada dâapporter des modifications à son projet pour quâil cadre dans ces normes, les travaux nâont pas repris depuis lâarrêt. Espérons quâil en restera ainsi.
Lâexploitation pétrolière de A à Z et les projets qui sont actuellement sur la table sont des plus aberrants et ont une portée catastrophique sur lâenvironnement et la santé humaine. Il serait temps quâon remette en question le niveau de consommation et dâexploitation des ressources, pour que des enjeux comme ceux-ci ne fassent plus jamais partie intégrante de nos projets de société et quâainsi lâavenir planétaire ne soit plus mis en jeu.
DOSSIER â à suivreâ¦
Références
Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) et Greenpeace Canada (2013). Ce que vous devez savoir sur la venue du pétrole de lâOuest au Québec mais que les pétrolières préfèrent que vous ne sachiez pas. Repéré à http://www.greenpeace.org/canada/fr/Blog/20-raisons-de-sopposer-larrive-du-ptrole-de-l/blog/46844/
Bonin, P. (1 octobre 2013 à 16:16). 20 raisons de sâopposer à lâarrivée du pétrole de lâOuest au Québec. Repéré à http://www.greenpeace.org/canada/fr/Blog/20-raisons-de-sopposer-larrive-du-ptrole-de-l/blog/46844/
De la Chenelière, V. (3 novembre 2014). Projet de port pétrolier à Cacouna: un danger pour les bélugas [Baleines en direct]. http://www.baleinesendirect.org/blogue/actualites-dici-et-dailleurs/projet-de-port-petrolier-a-cacouna-un-danger-pour-les-belugas/
Ãquiterre (2014). Projet inversion ligne 9b â Enbridge. http://www.equiterre.org/fiche/projet-inversion-ligne-9b-enbridge
Ãquiterre (2014). Projet Oléoduc Energie Est – Transcanada. Repéré à http://www.equiterre.org/fiche/projet-oleoduc-energie-est-transcanada
Fondation David Suzuki. Les déversements en milieu marin ont des conséquences désastreuses sur l’environnement et les communautés. Repéré à http://www.davidsuzuki.org/fr/champs-dintervention/oceans-et-eau-douce/enjeux-et-recherche/planification-marine-et-conservation/les-deversements-en-milieu-marin-ont-des-consequences-desastreuses-sur-lenvironn/
Gignac, R. et Schepper, B. – Institut de recherche et dâinformations socio-économiques (IRIS) (2013). Projet dâoleÌoduc de sables bitumineux «Ligne 9B» : le QueÌbec aÌ lâheure des choix. Repéré à http://iris-recherche.qc.ca/publications/oleoduc
Ménard, N., Pagé, M., Brusque, V., Croteau, I., Picard, R. et Gobeil, D. (Parcs Québec et Parcs Canada – 2007). Rapport sur lâétat du parc marin du Saguenay-Saint-Laurent. Repéré à http://parcmarin.qc.ca/web/document/Rapport_sur_l%27%C3%A9tat_du_PMSSL_2007_WEB.pdf
Shiels, A. (31 octobre 2014). Pipeline Ãnergie Est – Ottawa prend le contrôle du projet de TransCanada. Le Devoir. Repéré à http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/422533/cacouna-transcanada-reconnait-que-son-port-petrolier-occupera-l-habitat-critique-du-beluga







