Les océans n’ont jamais eu besoin de notre attention de manière plus pressante. Comme tant d’autres, l’océanographe Sylvia Earle a vu ceux-ci se détériorer au cours de ses 67 années d’exploration marine. Surpêche, pollution extrême, réchauffement des eaux: le bilan est plutôt désastreux. En date de 2014, il ne restait que 5% des thons rouges du Pacifique, 10% des requins et 5% des morues de l’Atlantique des populations présentes en 19506. S’ajoutent à cela les captures accidentelles d’espèces déjà menacées, la perte de biodiversité dans les récifs coralliens, les déversements pétroliers et l’accumulation de débris domestiques en haute mer causant la mort de milliers d’animaux marins chaque année3. Malgré tout, c’est un message positif qu’avait la renommée Dre. Earle lors de son passage à Ottawa le 25 mai dernier, dans le cadre d’une conférence avec la SNAP (Société pour la nature et les parcs du Canada). J’ai eu la chance d’y être inspirée par cette pionnière de 79 ans, toute première femme à avoir le titre d’exploratrice pour le National Geographic. Aujourd’hui, je profite de la Journée mondiale des océans pour partager avec vous son message d’espoir et son appel à l’action.

Île Socorro, Mexique. © Elijah Woolery. (2013). Utilisée avec la permission de l'auteur.
Îles Socorro, Mexique. © Elijah Woolery. (2013). Utilisée avec la permission de l’auteur.

L’espoir est dans le savoir

Les océans couvrent plus de 70% de la Terre5. Ils sont par endroits plus profonds que les plus grandes montagnes ne sont hautes, la crevasse la plus profonde s’engouffrant à 10 994 m sous le niveau de la mer5. En comparaison, le plus haut sommet de l’Everest se trouve à 8850 m d’altitude4. Et alors que nous travaillons sur le projet d’envoyer les premiers humains sur une autre planète, Mars, Sylvia Earle tenait à nous rappeler à quel point la planète sur laquelle nous vivons nous est encore inconnue. En effet, environ 95% du fond marin n’a pas été exploré, et Dre. Earle appelle la jeunesse d’aujourd’hui à y plonger pour en apprendre toujours plus.

Sylvia Earle lors de l'expédition Tektite. OAR/National Undersea Research Program (NURP). (1970). http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Sylvia_Earle-nur08002.jpg
Sylvia Earle lors de l’expédition Tektite. OAR/National Undersea Research Program (NURP). (1970).

« Never stop learning.  They can take away your bank account, they can take away… [everything]. But not what’s in your head. That’s yours. »

[Traduction libre] « N’arrêtez jamais d’apprendre. Ils peuvent vous prendre votre compte de banque… ils peuvent [tout] vous prendre. Mais pas ce qui est dans votre tête. Ça, ça vous appartient. »

– Sylvia Earle

La scientifique a répété à plusieurs reprises l’idée que l’espoir est dans le savoir. S’il est vrai qu’une grande partie des fonds marins demeurent inexplorés, il est aussi vrai que nous avons fait du progrès remarquable dans les dernières décennies. Nous n’en avons jamais su autant sur les océans, leur importance, leur condition et les effets qu’ont nos actions sur ceux-ci. Nous savons désormais que les océans fournissent plus de 50% de l’oxygène présent dans l’atmosphère et qui est essentiel à la vie sur Terre. Nous savons que ces immenses masses d’eau et les grands courants qu’elles comportent gèrent le climat à l’échelle mondiale. Que ces poissons que nous sommes sur le point d’exterminer sont des composants essentiels des réseaux trophiques qui permettent le transport et le recyclage de l’énergie, en mer comme sur terre. Nous savons aussi, comme exprimé plus tôt, que les océans sont en piètre état. Et plus que jamais, nous détenons les connaissances et les outils nécessaires pour venir au secours de ces écosystèmes dont nous dépendons tant.

Prendre action

Sylvia Earle est d’avis que tous et toutes peuvent faire une différence. On peut penser à Boyan Slat, le jeune néerlandais qui a décidé de prendre d’assaut le problème des débris de plastique en haute mer, et organise présentement un grand nettoyage de l’océan Pacifique, The Ocean Cleanup2. Mais il est aussi possible de prendre action à plus petite échelle. Relevez le défi de World Oceans Day et arrêtez d’utiliser des sacs de plastiques jetables7. Suivez l’exemple de Sylvia Earle et arrêtez de consommer poissons et fruits de mer. Participez au Grand nettoyage des rivages canadiens organisé par l’aquarium de Vancouver et la WWF1. Les solutions existent et c’est à nous d’être porteurs et porteuses de changement. Nous nous devons de prendre des meilleures habitudes, de sensibiliser ceux et celles qui nous entourent à faire de même, et de faire pression sur les pouvoirs politiques en place pour qu’eux aussi, fassent des océans une priorité avant qu’il ne soit trop tard.

« If you saw a child falling out of a ten story window, and you [had] the ability to reach out and catch him, you’d do everything you can to position yourself to catch him. You don’t take a break while the child is falling out of the sky […]. No, you’re there 24-7. You’re there with every ounce of what you’ve got. You want to save that child. »

[Traduction libre] « Si vous voyiez un enfant tomber de la fenêtre d’un dixième étage, et que vous aviez les moyens de tendre la main et de l’attraper, vous feriez tout ce que vous pouvez pour vous positionner et l’attraper. Vous ne prenez pas une pause pendant que l’enfant tombe du ciel. Non, vous êtes là 24/7. Vous êtes là avec tout ce que vous avez. Vous voulez sauver cet enfant. »  

– Sylvia Earle, parlant de l’océan dans Mission Blue

Pour aller plus loin

Coraux au récif d'Halahi, Mer rouge, Égypte. Derek Keats. (2010).
Coraux au récif d’Halahi, Mer rouge, Égypte. Derek Keats. (2010).
  • Écoutez Mission Blue, documentaire portant sur la vie et le travail de Sylvia Earle, disponible sur Netflix.
  • Procurez-vous Blue Hope, livre écrit par Sylvia Earle portant le message d’espoir de celle-ci, accompagné de magnifiques photographies.
  • Visitez le site Internet de Mission Blue pour en savoir plus sur les projets actuels de l’organisme fondé par Sylvia Earle.
  • Visitez le site Internet de World Oceans Day pour vous inscrire au défi sans sacs jetables.
  • Visitez le site Internet de The Ocean Cleanup pour découvrir comment Boyan Slat et son équipe comptent nettoyer l’océan Pacifique.
  • Visitez le site Internet du Grand nettoyage des rivages canadiens pour aider à organiser ou participer à l’événement.

Références

  1. Aquarium de Vancouver. (2015). Le grand nettoyage des rivages canadiens. Repéré à: http://www.shorelinecleanup.ca/fr
  2. Boyan Slat. (2015). Boyan Slat. Repéré à: http://www.boyanslat.com/
  3. Gertz, E.J. (2015). Ocean Plastique Pollution’s Shocking Death Toll on Endangered Animals. Takepart. Repéré à: http://www.takepart.com/article/2015/02/20/ocean-plastic-pollutions-shocking-death-toll-endangered-animals 
  4. National Geographic Society. (2015). Mount Everest. Repéré à: http://education.nationalgeographic.com/education/media/mount-everest/?ar_a=1
  5. National Geographic Society. (2015). Oceans; Underwater Wonders. Repéré à: http://science.nationalgeographic.com/science/earth/surface-of-the-earth/oceans-underwater/
  6. Nixon, R., Stevens, F., Monroe, M., et Youngelson, J. (2014). Mission Blue [Film documentaire]. Insurgent Media.
  7. World Oceans Day. (2015). World Oceans Day; The Better Bag Challenge. Repéré à: http://www.worldoceansday.org/challenge/
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Étudiante en troisième année au baccalauréat en sciences biologiques profil écologie, biodiversité et évolution. Éprise des effraies de clochers, des seiches, des bousiers et bien honnêtement de tous les autres animaux alors je vais arrêter mon énumération ici, je dévore les encyclopédies sur le sujet depuis l’âge de 7 ans, quand mes parents m’ont offert pour Noël la première de ma collection toujours grandissante. À travers mes mille passions, des arts de la scène au voyage en passant par les luttes sociales, c’est cet amour pour les animaux qui a toujours orienté mon parcours scolaire et m’a amenée à partir à la découverte de l’Afrique du Sud en 2013. En plus d’y découvrir une diversité animale incroyable, c’est dans la savane qu’a grandi mon affection pour les plantes, particulièrement les graminées, et que s’est confirmé mon désir d’étudier en biologie. L’ARN messager est pour moi une plateforme pour partager cet amour, et faire découvrir au monde la diversité incroyable de la vie, en espérant qu’on apprenne à temps à y faire plus attention!

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