Le dada de Jacques Brisson, le roseau commun!

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MARIANNE BRIÈRE
Étudiante en sciences biologiques, profil physiologie animale

Que font nos professeurs, autre que donner des cours devant des étudiants allumés, passionnés, intéressés et parfois endormis à cause du 5 à 7 de la veille ? Ce que plusieurs savent ou ne savent pas, c’est que les professeurs que nous retrouvons quotidiennement devant nous effectuent plusieurs travaux de recherche dans leur laboratoire dans le but de faire avancer les sciences biologiques. Je me suis intéressée aux travaux de Jacques Brisson, oeuvrant à l’Institut de Recherche en Biologie Végétale, communément appelé l’IRBV.

Jacques Brisson examinant du roseau commun, Crédit Photo: Jacques Brisson
Jacques Brisson examinant du roseau commun, Crédit Photo: Jacques Brisson

Vous aurez probablement l’occasion de le croiser quelques fois au cours de vos études en sciences biologiques puisqu’il enseigne les cours d’évolution, d’écologie végétale et d’écologie des milieux humides et les stages d’écologie forestière et d’écologie végétale. Jacques Brisson est titulaire d’un baccalauréat en sciences biologiques, mais également d’une maîtrise et d’un doctorat ayant pour sujet les plantes désertiques. Ce qui fait grandement contraste avec les activités de recherche de son laboratoire puisqu’elles concernent les milieux humides. En fait, ses recherches s’étendent sur plusieurs axes, entre autres, l’envahissement des milieux humides par le roseau commun (Phragmites australis), la compétition interspécifique des espèces végétales des milieux humides et l’épuration des eaux usées par les marais filtrants.

Le roseau commun (Phragmites australis), Crédit Photo : Sam Karathanos
Le roseau commun (Phragmites australis). Crédit Photo : Sam Karathanos

D’abord, qu’est-ce que le roseau commun? C’est une plante vivace pouvant donc vivre plusieurs années. Aussi, cette espèce possède des rhizomes qui sont des tiges souterraines charnues étant dotées de bourgeons et de racines. Le roseau commun peut pousser jusqu’à une hauteur de 2,5 m et occupe les milieux humides ou encore les bordures des fossés. Une de ses caractéristiques intéressantes est que c’est un organisme végétal poussant de manière indigène sur tous les continents sauf l’Antarctique. Présent dans le paysage depuis plus de 3000 ans, P. australis a effectué une montée spectaculaire depuis une trentaine d’années au Québec, perturbant ainsi l’écologie des milieux humides en les envahissant pour les rendre monospécifiques. Cela pose évidemment un énorme problème à la faune et la flore des milieux humides. La propagation monumentale du roseau commun est faite à partir des fragments de ses rhizomes. Étant une plante relativement résistante aux changements de température et d’abondance en eau, il est d’autant plus difficile de s’en débarrasser (Godmaire et al.,2006). C’est donc sur ce problème que se penche Jacques Brisson dans le but d’apporter des solutions de contrôle pour lutter contre ce problème touchant les milieux humides. Pour réduire la propagation du roseau commun, on procède à la coupe des racines incluant les rhizomes pour éviter leur dispersion.

Le second volet des activités du laboratoire Brisson est la compétition interspécifique entre le roseau commun et d’autres espèces comme la quenouille, par exemple.

Ces bassins d’eau de salinité variable servent à observer la compétition entre le roseau et la quenouille, Crédit Photo: Jacques Brisson
Ces bassins d’eau de salinité variable servent à observer la compétition entre le roseau et la quenouille. Crédit Photo: Jacques Brisson

Toutefois, malgré le fait que le roseau commun soit une plante pouvant être nuisible en envahissant certains écosystèmes, elle est une championne en ce qui concerne l’épuration des eaux. En effet, P. australis est la plante toute désignée pour la phytotechnologie étudiée par Jacques Brisson, soit les marais filtrants.

Un marais filtrant expérimental, Crédit Photo : Sam Karathanos
Un marais filtrant expérimental. Crédit Photo : Sam Karathanos

Un marais filtrant est un écosystème recréé de manière artificielle permettant de traiter les eaux usées provenant d’une source municipale, industrielle ou encore agricole. De plus, ce type de phytotechnologie peut également servir à la dépollution des sols de métaux lourds (J. Brisson, communication personnelle, 26 novembre 2014). Dans le but d’étudier les capacités des marais filtrants, le professeur d’écologie végétale s’adonne à diverses expérimentations impliquant des marais «expérimentaux» et divers polluants. Les polluants sont versés dans le marais filtrant expérimental et la capacité dépolluante est alors étudiée. Un des marais filtrants sur lequel a longuement travaillé Jacques Brisson peut être observé à la Biosphère sur l’île Sainte-Hélène. Celui-ci est responsable de la filtration des eaux provenant du musée.

Marais filtrant de la biosphère
Le marais filtrant de la Biosphère de l’île Sainte-Hélène. Crédit Photo : Environnement Canada

Selon Jacques Brisson, un chercheur doit posséder beaucoup de curiosité et de créativité pour pouvoir faire avancer la recherche. Comme vous avez pu le constater, le roseau commun est le dada de ce professeur et quand je lui ai demandé pourquoi, il m’a simplement répondu que cette plante était fascinante puisqu’elle a autant la capacité de nous aider que de nous nuire. Quand vous croiserez du roseau commun dans un fossé sur le bord de l’autoroute 20, dites-vous que cette plante pourrait être une solution de choix en ce qui concerne la santé de nos sols dans les années à venir.

Références

Godmaire, H. et Côté, S. (2006), Le roseau commun, repéré à http://nature-action.qc.ca/site/sites/default/files/pdf/ressources/roseau_commun.pdf

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