Chers lecteurs, notez bien que cet article est raconté comme une histoire, parce que les événements qui suivront sont dignes dâun conte de fées. Toutefois tout ce qui y est dit est bien réel : aucune jubilation, rien que des faits.
Voyez-vous, le sens le plus utilisé par la science afin de se rapprocher de la réalité par une méthode empirique sâavère être la vue. Il vaut alors la peine de se demander quand est-ce que le premier Åil est apparu et surtout, chez qui est-ce quâil est apparu. En dâautres mots, la problématique serait : quelle est la première espèce hypothétique à avoir acquis durant lâévolution lâorgane le plus ressemblant à ce que vous utilisez présentement pour lire cet article?
Les biologistes ont analysé la question en cherchant le héros de cette histoire parmi le groupe des protistes, des êtres vivants eucaryotes (dont la cellule possède un vrai noyau) qui nâont pas pu être catégorisés en plantes, en animaux ou en champignons. En effet, on retrouve parmi les protistes plusieurs espèces ayant différentes variétés dâocelles pouvant jouer le rôle dâorgane photorécepteur ancestral. Plus précisément, câest seulement dans la famille des Warnowiaceae, famille faisant partie du grand groupe des dinoflagellés (algues unicellulaires à flagelles), quâil est possible de trouver des individus munis dâoccéloïdes, sections de leur corps sensibles à la lumière.
Concentrons-nous plus sur le héros hypothétique de lâhistoire faisant partie de la famille Warnowiaceae quâon appellera pour le reste du texte « Warny » pour abréger le terme.
Warny possède un occéloïde. Mais si vous croyez que Warny nage à lâaveuglette, vous vous mettez le doigt dans lâÅil. Cette organelle est, par définition, quelque chose qui permet non seulement de détecter, mais aussi de traiter et de focaliser la lumière. En dâautres mots, cet organisme dâune seule cellule est doté dâun « Åil » ressemblant à celui de type caméra des organismes multicellulaires comme chez lâHomo sapiens sapiens. Câest un cas dâévolution convergente où deux organismes arrivent à développer un caractère similaire par une coïncidence de lâévolution. Lâocélloïde contient à lui seul des structures analogues à la cornée, lâiris, le cristallin et la rétine. Par exemple, le corps rétineux qui joue le rôle de rétine et un hyalosome qui joue le rôle du cristallin.
Câest par endosymbiose que Warny a réussi à jumeler les différentes composantes lui permettant de former son occéloïde. Lâendosymbiose arrive quand un organisme phagocyte un autre organisme sans le dégrader complètement pour finir par lâintégrer à son fonctionnement. En termes plus simples, Warny a dévoré un ou plusieurs organismes plus petits que lui pour les intégrer à son corps au lieu de les digérer. Finalement, avoir les yeux plus gros que le ventre nâest pas si mal que ça!
Plusieurs trouvailles confirment que Warny est coupable dâendosymbiose. Des généticiens ont déniché des gènes de rhodopsine dâorigine bactérienne exprimés dans le corps rétineux de lâoccéloïde. Sa « cornée », elle, est dâorigine mitochondriale. Tout cela veut dire que Warny aurait développé lâéquivalent dâun Åil presque comme le nôtre par lâendosymbiose de deux autres organismes tout aussi unicellulaires que lui.

Finalement, il y a toujours une morale à la fin de chaque histoire. Pour celle-ci, on pourrait dire que même si vous nâêtes quâun unicellulaire faisant partie des protistes inclassables dans la taxonomie de la biologie, vous pouvez tourner la situation à votre avantage en faisant au mieux avec ce quâil y a autour de vous.
Il suffit vouloir le voir : Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.
Sources :
- Hayakawa, S., Takaku, Y., Hwang, J. S., Horiguchi, T., Suga, H., Gehring, W., Ikeo, K., & Gojobori, T. (2015). Function and evolutionary origin of unicellular camera-type eye structure. PLOS ONE, 10(3), e0118415. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0118415
2. Gavelis, G. S., Hayakawa, S., White III, R. A., Gojobori, T., Suttle, C. A., Keeling, P. J., & Leander, B. S. (2015). Eye-like ocelloids are built from different endosymbiotically acquired components. Nature, 523(7559), 204â207. https://doi.org/10.1038/nature14593


