Que font nos professeurs, autre que donner des cours devant des étudiants allumés, passionnés, intéressés et parfois endormis à cause du 5 à 7 de la veille ? Ce que plusieurs savent ou ne savent pas, câest que les professeurs que nous retrouvons quotidiennement devant nous effectuent plusieurs travaux de recherche dans leur laboratoire dans le but de faire avancer les sciences biologiques. Je me suis intéressée aux travaux de Jacques Brisson, oeuvrant à lâInstitut de Recherche en Biologie Végétale, communément appelé lâIRBV.
Vous aurez probablement lâoccasion de le croiser quelques fois au cours de vos études en sciences biologiques puisquâil enseigne les cours dâévolution, dâécologie végétale et dâécologie des milieux humides et les stages dâécologie forestière et dâécologie végétale. Jacques Brisson est titulaire dâun baccalauréat en sciences biologiques, mais également dâune maîtrise et dâun doctorat ayant pour sujet les plantes désertiques. Ce qui fait grandement contraste avec les activités de recherche de son laboratoire puisquâelles concernent les milieux humides. En fait, ses recherches sâétendent sur plusieurs axes, entre autres, lâenvahissement des milieux humides par le roseau commun (Phragmites australis), la compétition interspécifique des espèces végétales des milieux humides et lâépuration des eaux usées par les marais filtrants.

Dâabord, quâest-ce que le roseau commun? Câest une plante vivace pouvant donc vivre plusieurs années. Aussi, cette espèce possède des rhizomes qui sont des tiges souterraines charnues étant dotées de bourgeons et de racines. Le roseau commun peut pousser jusquâà une hauteur de 2,5 m et occupe les milieux humides ou encore les bordures des fossés. Une de ses caractéristiques intéressantes est que câest un organisme végétal poussant de manière indigène sur tous les continents sauf lâAntarctique. Présent dans le paysage depuis plus de 3000 ans, P. australis a effectué une montée spectaculaire depuis une trentaine dâannées au Québec, perturbant ainsi lâécologie des milieux humides en les envahissant pour les rendre monospécifiques. Cela pose évidemment un énorme problème à la faune et la flore des milieux humides. La propagation monumentale du roseau commun est faite à partir des fragments de ses rhizomes. Ãtant une plante relativement résistante aux changements de température et dâabondance en eau, il est dâautant plus difficile de sâen débarrasser (Godmaire et al.,2006). Câest donc sur ce problème que se penche Jacques Brisson dans le but dâapporter des solutions de contrôle pour lutter contre ce problème touchant les milieux humides. Pour réduire la propagation du roseau commun, on procède à la coupe des racines incluant les rhizomes pour éviter leur dispersion.
Le second volet des activités du laboratoire Brisson est la compétition interspécifique entre le roseau commun et dâautres espèces comme la quenouille, par exemple.

Toutefois, malgré le fait que le roseau commun soit une plante pouvant être nuisible en envahissant certains écosystèmes, elle est une championne en ce qui concerne lâépuration des eaux. En effet, P. australis est la plante toute désignée pour la phytotechnologie étudiée par Jacques Brisson, soit les marais filtrants.
Un marais filtrant est un écosystème recréé de manière artificielle permettant de traiter les eaux usées provenant dâune source municipale, industrielle ou encore agricole. De plus, ce type de phytotechnologie peut également servir à la dépollution des sols de métaux lourds (J. Brisson, communication personnelle, 26 novembre 2014). Dans le but dâétudier les capacités des marais filtrants, le professeur dâécologie végétale sâadonne à diverses expérimentations impliquant des marais «expérimentaux» et divers polluants. Les polluants sont versés dans le marais filtrant expérimental et la capacité dépolluante est alors étudiée. Un des marais filtrants sur lequel a longuement travaillé Jacques Brisson peut être observé à la Biosphère sur lâîle Sainte-Hélène. Celui-ci est responsable de la filtration des eaux provenant du musée.

Selon Jacques Brisson, un chercheur doit posséder beaucoup de curiosité et de créativité pour pouvoir faire avancer la recherche. Comme vous avez pu le constater, le roseau commun est le dada de ce professeur et quand je lui ai demandé pourquoi, il mâa simplement répondu que cette plante était fascinante puisquâelle a autant la capacité de nous aider que de nous nuire. Quand vous croiserez du roseau commun dans un fossé sur le bord de lâautoroute 20, dites-vous que cette plante pourrait être une solution de choix en ce qui concerne la santé de nos sols dans les années à venir.
Références
Godmaire, H. et Côté, S. (2006), Le roseau commun, repéré à http://nature-action.qc.ca/site/sites/default/files/pdf/ressources/roseau_commun.pdf





