Les véritables impacts économiques et la résistance
Le pétrole : saccage économique
Les deux précédents articles nous ont permis de découvrir la face cachée des sables bitumineux et des projets qui concrétisent leur arrivée au Québec.
Comment alors, à la lumière des informations précédemment divulguées, les compagnies valorisent-elles leurs projets? Et quâest-ce qui permet aux gouvernements de les accepter et de les soutenir? Normalement, les intérêts économiques prévalent au détriment du reste, mais dans le cas de la ligne 9B, on assiste à une incompréhension totale. En effet, dâun point de vue socio-économique, ce projet ne totalise aucun gain. LâInstitut de recherche et dâinformations socio-économiques (IRIS) , dans son rapport sur la ligne 9B, affirme ceci : « Nous savons que seuls 15,6 % de la Ligne 9B dâEnbridge se trouve en territoire québécois. Cela représente donc, en termes dâemplois directs et indirects à court terme, un total de moins de 51 emplois. Câest moins de 0,1 % de lâensemble des emplois créés au Québec en 2012-2013 » Lâinstitut arrive tout de même à la conclusion suivante, même en tentant lâétablissement dâun bilan optimiste : seulement au plus 250 emplois à court terme et 100 à long terme seraient créés par lâavènement de ce projet! De plus, les autres retombées économiques seraient minimes à lâexception de celles pour la province albertaine, selon Greenpeace Canada. Cela ne contrebalance dâaucune façon les risques encourus et les impacts de ce projet, bien au contraire. Le tourisme, dont les retombées économiques générées par le parc marin Saguenay-Saint-Laurent sont évaluées à 204 millions de dollars (Rapport sur lâétat du parc marin du Saguenay-Saint-Laurent, 2007), et les autres activités économiques du fleuve seront aussi grandement perturbées. Il faut également considérer les coûts qui seraient occasionnés par un, voire plusieurs déversements pétroliers. LâIRIS affirme que, pour le déversement de la ligne 6B dâEnbridge au Michigan qui a lieu en 2010, ceux-ci sâélevaient en 2013 à un milliard de dollars! Et les opérations de nettoyage nâétaient même pas encore terminées⦠De plus, le prix du pétrole au Québec ne diminuera pas avec lâavènement des sables bitumineux, selon le collectif Coule pas chez nous. Les sables bitumineux ne seront quâexportés en majeure partie vers dâautres marchés, les provinces de lâest ne sont donc que des lieux de transit dans le projet de TransCanada (mais récolteront ses effets néfastesâ¦)
Et que dire des bienfaits en général de lâexploitation des sables bitumineux qui augmentera de façon explosive avec les deux projets? Comme lâexplique également lâIRIS dans son rapport, lâexploitation de ressources primaires (dans ce cas-ci, le pétrole bitumineux) entraîne les économies nationales dans « un piège de lâextractivisme ». Ce piège entraîne un monopole des économies nationales par le domaine de lâexploitation des ressources primaires. Ces économies sont donc dépendantes des acteurs étrangers et nationaux qui Åuvrent dans lâexploitation des ressources. Cette dépendance est maintenue par une économie qui ne se diversifie pas, dâoù le piège. On peut traduire cette théorie dans le contexte canadien comme suit : une économie basée sur lâextraction des sables bitumineux rend le Canada dépendant aux investisseurs étrangers, principalement les Ãtats-Unis. Ceux-ci définissent donc la demande, ce qui amène le Canada à leur permettre de réguler sa production de sables bitumineux. Il sâassure ainsi que sa matière première est écoulée, mais cela lui impose un rythme de production. Sous prétexte que les compagnies qui exploitent les sables bitumineux participent grandement à lâéconomie nationale et sous la pression de maints lobbyistes, les différents paliers de gouvernement se voient dans lâ « obligation » dâadopter des mesures qui favorisent à tout prix cette exploitation afin de maintenir et de répondre à la demande des Ãtats-Unis. Des exemples de ce genre de mesures seraient, comme le déclare lâIRIS, « le refus de fixer une limite absolue dâémissions de gaz à effet de serre, la diminution des impôts des entreprises, le faible niveau de redevances ou encore le refus de reconnaître les droits des Premières Nations sur les territoires exploitables par le Canada. » Lâampleur de lâaide gouvernementale envers les compagnies pétrolières sâexprime aussi à travers des subventions substantielles : le Canada investit actuellement lâéquivalent de 930 millions de dollars seulement dans la recherche de nouveaux sites dâexploitation pétrolière, selon Le Devoir. Un autre exemple de mesure serait la non-reconnaissance, par les gouvernements canadien et québécois, de l’entente signée en 2007 portant sur la protection et le rétablissement des espèces en péril. Cette entente déclarant le béluga comme une espèce d’intérêt commun, l’appui aux projets pétroliers qui menacent la pouponnière des bélugas (Voir la deuxième partie du dossier) démontre amplement cette non-reconnaissance.
Toutes ces mesures et les investissements dâordre public favorisent une économie qui relève dâabord et avant tout du privé, puisque la plus grande part de profits nous échappe. De plus, ce modèle économique est très fragile, car il démontre une tendance lourde dâécroulement. Par exemple, lâarrivée du gaz de schiste aux Ãtats-Unis brise sa dépendance pour les sables bitumineux et occasionne une chute dans la demande. Cette baisse engendre de « lâinstabilité économique et un gaspillage dâinfrastructures payées au prix fort » (Rapport de lâIRIS). Pour remédier à cela, les gouvernements régénèrent la demande en supportant des projets dâexpansion pétroliers, comme celui de la ligne 9B ou encore de lâOléoduc Ãnergie Est. Bref, cela crée un cercle vicieux dans lequel le Canada ne peut sâextraire quâen changeant la base sur laquelle repose son économie. Les solutions aux chutes engendrées par la baisse de la demande se feront de plus en plus rares et engendreront des tentatives de sauvegarde inespérées de la part des gouvernements. Câest ce qui se passe avec lâavènement de ces deux projets de transport de sables bitumineux et lâaveuglement des gouvernements envers leurs conséquences. Sans changement, la chute est inévitable.
Un vent dâopposition se lève
Le projet Oléoduc Ãnergie Est a été décrié dans un texte intitulé « La construction du pipeline Ãnergie Est nâaura pas lieu » dès son dépôt par TransCanada à lâONÃ.
« TransCanada est rentré sur mon territoire, Kanehsatà ke, comme un vendeur frauduleux, ventant des promesses d’emplois et des retombées économiques. De manière peu scrupuleuse, la compagnie fait comprendre à notre communauté quâÃnergie Est est un « fait accompli », ce qui est coercitif et contraire à l’éthique. En l’absence de notre consentement préalable libre et éclairé, il serait illégal pour lâOffice national de l’énergie d’autoriser le projet Ãnergie Est de TransCanada ».
Câest ce que déclare Ellen Gabriel de Kanehsatà ke, une communauté mohawk québécoise. Les faits énoncés dans cette déclaration sont des plus outrageux et soulèvent un point primordial : notre consentement libre et éclairé. Lâapprobation dâun projet dâune telle ampleur, avec de tels impacts sur les populations (toutes espèces confondues) et sur lâenvironnement ne devrait en aucun cas relever dâune simple organisation gouvernementale qui nâeffectue pas les analyses nécessaires (entre autres environnementales) afin de bien se figurer les impacts néfastes quâil apporte. Un peu partout, des opposants et opposantes se manifestent : maintes communautés autochtones, Greenpeace Canada, Ãquiterre, Défense environnementale, Coule pas chez nous, Ãcologie Ottawa, le Conseil des Canadiens, le Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick, Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), 350 Maine, Nature Québec, le Centre d’action écologique, le Regroupement vigilance hydrocarbures Québec, plusieurs municipalités concernées dont celle de North Bay, de Saint-Sulpice et de LâAssomption, des centaines de résident-e-s et de citoyen-ne-s, la coalition ECO (étudiant-e-s contre les oléoducs) et bien dâautres. Le rejet de ces projets a fait lâobjet de plusieurs actions comme, entre autres, la marche des peuples pour la Terre mère cette été, le blocage des raffineries de Suncor le 7 octobre 2014 et plusieurs manifestations. De plus, le montant astronomique amassé en quelques jours par la campagne Doublons la mise, lancée par Gabriel Nadeau-Dubois, fait transparaître la grogne populaire. Après le scandale sur le plan dâaction de TransCanada pour faire accepter son projet, il est plutôt absurde quâelle trouve un appui quelconque. Ces maintes oppositions démontrent que son projet nâest pas légitime.
Les compagnies pétrolières ne sont pas à la hauteur de la réputation quâelles se forgent et ne se préoccupent pas du tout dâenjeux qui nous touchent pourtant tous et toutes. Leur négligence dans la construction et lâentretien de leurs infrastructures et dans la gestion dâincidents est une insulte à la raison. Les retombées économiques du point de vue de la création dâemplois, mais aussi de lâindustrie des sables bitumineux elle-même, sont minimes et ne contrebalancent en aucun cas les impacts engendrés par ces projets. Accepter les projets de la ligne 9B et de lâOléoduc Ãnergie Est, câest contribuer à lâexpansion de lâindustrie des sables bitumineux, du pétrole le plus sale au monde. Câest participer à lâappauvrissement écologique planétaire dont ces compagnies sont les chefs-dâorchestre. Câest dire au revoir à notre santé, à notre eau potable, à notre air salubre. Câest laisser les géants administrer nos ressources à tous et toutes et bafouiller nos droits en traversant nos terres sans notre consentement.
Lâheure, contrairement à ce que nous déclarent les compagnies pétrolières, nâest pas à lâexpansion, mais à la résistance.
Quelques liens…
Quelques photos qui démontrent lâampleur des dégâts en Alberta : http://www.desmog.ca/2014/07/02/photos-famed-photographer-alex-maclean-s-new-photos-canada-s-oilsands-are-shocking
Pour accéder au rapport complet de lâIRIS : http://iris-recherche.qc.ca/publications/oleoduc
Pour accéder au rapport complet de Greenpeace et lâAssociation québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique : http://www.greenpeace.org/canada/fr/Blog/20-raisons-de-sopposer-larrive-du-ptrole-de-l/blog/46844/
Pour consulter le communiqué publié suite au dépôt du projet de TransCanada : http://www.greenpeace.org/canada/fr/Blog/pipeline-nergie-est-le-projet-ne-passera-pas/blog/51148/
Le site du collectif citoyen Coule pas chez nous: http://www.coulepascheznous.com/
Pour faire un don : https://doublonslamise.com/
Pour écouter un débat entre un représentant de TransCanada et Gabriel Nadeau-Dubois : http://ici.radio-canada.ca/emissions/pas_de_midi_sans_info/2014-2015/archives.asp?date=2014%2F11%2F24&indTime=2454&idmedia=7203687
Pour en savoir plus sur des actions qui ont été posées contre ces projets : http://www.greenpeace.org/canada/fr/Blog/bye-bye-sables-bitumineux-bonjour-soleil/blog/51192/
http://www.peuplespourlaterremere.ca/
http://quebec.huffingtonpost.ca/2014/10/07/raffinerie-suncor-activistes-blocage-protestations-sables-bitumineux_n_5944602.html
Références
Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) et Greenpeace Canada (2013). Ce que vous devez savoir sur la venue du pétrole de lâOuest au Québec mais que les pétrolières préfèrent que vous ne sachiez pas. Repéré à http://www.greenpeace.org/canada/fr/Blog/20-raisons-de-sopposer-larrive-du-ptrole-de-l/blog/46844/
Bonin, P. (1 octobre 2013 à 16:16). 20 raisons de sâopposer à lâarrivée du pétrole de lâOuest au Québec. Repéré à http://www.greenpeace.org/canada/fr/Blog/20-raisons-de-sopposer-larrive-du-ptrole-de-l/blog/46844/
Coule pas chez nous. 10 RAISONS DE SâOPPOSER à LâOLÃODUC DE TRANSCANADA. Repéré à www.coulepascheznous.com/
Gignac, R. et Schepper, B. – Institut de recherche et dâinformations socio-économiques (IRIS) (2013). Projet dâoleÌoduc de sables bitumineux «Ligne 9B» : le QueÌbec aÌ lâheure des choix. Repéré à http://iris-recherche.qc.ca/publications/oleoduc
Ménard, N., Pagé, M., Brusque, V., Croteau, I., Picard, R. et Gobeil, D. (Parcs Québec et Parcs Canada – 2007). Rapport sur lâétat du parc marin du Saguenay-Saint-Laurent. Repéré à http://parcmarin.qc.ca/web/document/Rapport_sur_l%27%C3%A9tat_du_PMSSL_2007_WEB.pdf
Shiels, A. (31 octobre 2014). Lâaide canadienne aux pétrolières frôle le milliard. Le Devoir. Repéré à http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/423595/l-aide-canadienne-aux-petrolieres-frole-le-milliard
Ici Radio-Canada (7 octobre 2014) Raffinerie Suncor de Montréal-Est: les activistes enchaînées arrêtées. Le Huffington Post. Repéré à http://quebec.huffingtonpost.ca/2014/10/07/raffinerie-suncor-activistes-blocage-protestations-sables-bitumineux_n_5944602.html
Gerbet, T. (18 novembre 2014). Fuite majeure de la stratégie de TransCanada. Ici Radio-Canada. Repéré à http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/national/2014/11/18/001-fuite-strategie-communication-transcanada-pipeline.shtml
La construction du pipeline Ãnergie Est nâaura pas lieu. (30 octobre 2014) Repéré à http://www.greenpeace.org/canada/fr/Blog/pipeline-nergie-est-le-projet-ne-passera-pas/blog/51148/




